Club Manager 2015 – Football Manager sans le ballon

J’espérais presque que Club Manager soit une simulation de directeur de boite de nuit. Embaucher David Guetta pour une soirée, signer des contrats avec des marques d’alcool, engager des videurs physionomistes, gérer le deal de drogue dans les toilettes… Malheureusement, c’est une simulation de club de football que nous proposent les allemands de BigBlaze.

Quand on s’attaque au même créneau que Football Manager, il faut avoir un bon gameplay ou proposer quelque chose de différent. Et là, je le sentais pas trop. Dès le lancement, le jeu prévient : il s’agit d’une simulation « light » durant laquelle on peut jouer une saison entière en une heure. Ça sent la profondeur à plein nez.

En tous cas, on a le choix : de la première à la huitième division, tous les clubs sont disponibles. Une petite carte nous montre même où se situe la ville. Évidemment, les noms ne sont pas officiels, de même que ceux des joueurs. Je n’ai aucune idée du prix des droits mais vu la gueule du jeu, ils n’avaient visiblement pas de quoi embaucher un graphiste, alors payer pour les noms… Bizarrement, rien ne vous permet de comparer les clubs, donc c’est armé de mon fidèle pifomètre que j’ai cliqué au hasard dans la liste. Ah, j’ai oublié de vous dire : on ne peut jouer qu’en Allemagne, parce que comme le dit la description Steam, le jeu vient du pays des champions du monde 2014. Deutsch Qualität über alles.

Mon beau bureau de manager.
Mon beau bureau de manager.

On choisit un nom, un avatar entre quatre têtes de vainqueurs de coupe de cheveux, une ville au nom charmant comme une menace et roule ma saucisse. On gère le club au jour le jour, on achète des joueurs fictifs, on signe des sponsors fictifs, on construit des infrastructures… J’ai d’ailleurs beau avoir choisi Berlin en deuxième division, mon stade est au fin fond d’une forêt avec un chemin en terre comme voie d’accès. Normal.

Cette phase n’est pas non plus horrible mais pour un fan de football, c’est la vérité du terrain qui m’intéresse. Mon équipe est difficile à évaluer : divisés en quatre postes (gardien, défenseur, milieu, attaquant), les joueurs sont notés avec un score de force accompagné d’étoiles qui symbolisent son talent. Moui. Donc un défenseur peut jouer latéral ou central sans perte de niveau (bisous Jérémy Morel, si tu nous regardes), un milieu sera récupérateur ou meneur de jeu et un attaquant buteur ou ailier, au besoin. On ne connait pas leur taille ou autre caractéristique, tout tient dans ce score de force. Ils ont aussi un visage capable de rendre beaux ceux de Football Manager.

Votre système de jeu se résume à choisir un positionnement général : 4-4-2, 4-3-3 ou 5-3-2. Rien de plus, ce serait dommage de rendre le jeu intéressant compliquer les choses. Bref, le niveau zéro de la tactique. Qui a dit Laurent Blanc ?

C'est tout paumé en fait Berlin.
C’est tout paumé au milieu des bois, Berlin.

On peut chercher de nouveaux joueurs, vendre les moins bons de son groupe, en attendant que la saison commence. Et d’un coup les tirages au sort des coupes commencent. Mon jeu a freezé quelques secondes, avant qu’une animation étrange n’apparaisse dans la télé de mon bureau. Pas fou, le jeu nous propose de ne plus jamais la voir. Jamais. Je l’en remercie. Ensuite le moment tant attendu du tirage de la coupe des amateurs de quatrième et cinquième division arrive et galvanisé par l’instant, je m’empresse de cliquer pour m’échapper.

Je continue à faire du rien, ayant une équipe à peu près équilibrée et un staff au complet avec sa masseuse et sa psychologue. Je pense que j’essaie de retarder le moment où mon équipe jouera un match. Je m’attendais au pire, je n’ai pas été déçu.

Son équipe sélectionnée ainsi que les six remplaçants (oui, six, non, ça n’a aucun sens), le match commence. Les minutes défilent, entrecoupées d’occasions montrées en 3D moche qui tournent en boucle. J’en ai recensé une demi-douzaine, chacune avec deux possibilités : but ou tir manqué. Quelles que soient les couleurs des maillots des deux équipes, les animations n’en montrent que deux : rouges ou mauves et blancs. Pratique pour repérer qui a une occasion, surtout que les couleurs de vos joueurs ne sont pas toujours les mêmes au fil du match. Bref, un beau bordel sans intérêt, avec à peine une note sur cinq pour savoir si vos joueurs jouent bien ou pas.

Attention, ouverture du score dans 3, 2, 1...
Attention, ouverture du score dans 3, 2, 1…

J’ajoute en vrac que les gardiens ont les mêmes maillots que les joueurs de champ, que la mi-temps n’interrompt pas le déroulement du match, qu’on peut donner une consigne à l’intitulé cryptique et qu’on peut changer la prime de victoire en cours de jeu. Je comprends comment on peut jouer une saison en une heure, vu le peu de contrôle sur les évènements que nous offre le jeu. Matchs pathétiques, absence de toute gestion de son groupe, bienvenue dans le football sans ballon.

Anecdote rigolote, j’ai joué une saison sans revenus du merchandising puisque je n’ai pas commandé de maillots, casquettes et autres fanions de mon club avant le 15 juillet ; c’est bien connu, après cette date, les petits chinois exploités par les équipementiers ne travaillent plus. Il n’y a bien que la partie financière, plus développée que dans Football Manager avec ses sponsors et autres investissements, qui pourrait avoir un intérêt si elle n’était pas perdue au milieu d’un gameplay en ruines.

Le cul entre deux fauteuils, celui de président et celui d’entraineur, Club Manager 2015 ne choisit pas son camp et se contente d’être à côté de la plaque. Même sauvegarder est pénible. J’espérais que BigBlaze aurait tiré les leçons de cet océan de vide et se serait reconverti dans un autre domaine d’activité mais ils ont réussi à sorti Club Manager 2016. Même pour déconner, je ne tenterais pas et je déconseille ce jeu à quiconque aime le football, les jeux de gestion et les jeux tout court.

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