Chapitre 2 – Mon backlog pour un catalogue

Un jour, à la Fnac, à une époque lointaine où on achetait encore des CD, je déambulais dans les rayons. Ecoutant un peu de tout, je passe dans les espaces rock, métal, indépendants… Et puis je tombe sur le rayon Hip-Hop. Je jette un oeil distrait quand soudain, surprise : un album de Tryo aux côtés de Tupac et du Wu Tang. Qui avait pu faire ce choix étrange ?

Des années plus tard, je n’ai pas la réponse. Par contre je sais ce qu’est devenu le malandrin : il bosse pour Steam.

Les catégories accolées aux jeux sont plutôt nombreuses : Action, Aventure, Simulation, RPG… De base, vous pouvez affiner votre recherche par genre pour découvrir des titres qui pourraient vous plaire. Vous pouvez ensuite rajouter des tags pour par exemple chercher des RPG médiévaux-fantastiques, des simulations de foot ou des jeux de construction de ville.

D’autres combinaisons sont possibles, moins évidentes et aux résultats surprenants. Un point & click multijoueur ? Pas de souci, Steam vous en proposera quatre, dont trois gratuits. Ca m’a permis de débusquer Duck Dynasty, qui s’il n’est pas un point & click, a tout de même l’air complètement débile. Si on est attiré par la culture redneck ou si on en est un soi-même, mater le trailer vaut le coup. Tous les jeux ne peuvent pas en dire autant.

Le jeu dans le jeu. Steamception.
Le jeu dans le jeu. Steamception.

Allez, je suis joueur, je tente monde ouvert + western. Fallout New Vegas. Moui, pourquoi pas, m’enfin… Tiens, une catégorie super B.O. ? Avec le tag action, ça devrait envoyer. Effectivement, que des références dans le genre, Crypt of the Necrodancer, Hotline Miami, Bastion, Lethal League… Lethal League ?? Mais qu’est-ce qu’il fait là ? Passons quelques pages de résultats pour voir jusqu’où on peut aller… Oblivion. Ok, j’abandonne. Il y a un gros troll dans l’équipe qui pose des tags n’importe où, c’est pas possible autrement.

Vérifions avec un dernier mélange… Stratégie tour par tour + Sci-fi. Les XCOM sont en bonne place, tout va bien. Endless Space, Galactic Civilizations… Et Wasteland 2. Bon, ça suffit maintenant. Tu fais plus marrer personne.

Je pourrais continuer à mélanger les tags improbables et voir ce qui en ressort, c’est comme un petit jeu intégré à Steam. Je ne sais pas si c’est rassurant, mais c’est plus amusant que ceux des soldes.

Plus généralement, c’est la méthode de sélection qui amène à déclarer que tel titre correspond à telle catégorie qui semble à la masse. Les deux principaux coupables sont les genres « RPG » et « Simulation ». Sous le premier tag, on peut par exemple trouver Tabletop Simulator, Endless Legend, Sheltered ou encore Fallen : A2P Protocol. Autant dans Tabletop Sim, on peut faire des jeux de rôle sur table mais c’est déjà un brin capillotracté, autant pour les autres… Ah pardon, on peut faire monter des personnages en niveau. C’est évidemment l’unique caractéristique d’un jeu de rôle, suis-je distrait. Le fait de n’avoir aucune influence sur le scénario n’a pas d’importance, un RPG linéaire c’est juste un oxymore.

Vas-y, envoie le prochain jeu que je dois ranger, je suis chaud !
Vas-y, envoie le prochain jeu que je dois ranger, je suis chaud !

C’est tout de même faire preuve d’une méconnaissance profonde que de classer ainsi un jeu de gestion, un 4X et un tactical tour par tour, ou plus précisément une solution de facilité pour attirer d’éventuels curieux. Le succès des Elders Scrolls, The Witcher ou des Final Fantasy-like fait saliver tout les studios au point de tenter de s’y raccrocher en s’autoproclamant RPG ?

Les simulations, souffrent à la fois de la justesse de la définition et de l’étendue des interprétations permises. Flight Simulator, c’est un simulateur d’avion ; Shower with your Dad Simulator, c’est un simulateur de je sais pas je veux pas savoir, et Bear Simulator… un simulateur de Winnie. L’un est un jeu de pilotage, l’autre de je sais pas je veux pas savoir, et le dernier un jeu d’exploration-action. Leur point commun ? Le mot simulator dans le titre. C’est absolument tout. Ils sont tout de même rangés dans la même catégorie fourre-tout qui ne sert donc à rien.

L’utilisation abusive de ce terme dans les titres de jeux me rappelle les années 90, où aucun programme n’avait de chance d’exister s’il ne faisait pas apparaître les mots Interactive ou Multimédia. Les moins confiants dans leur réussite trouvaient le moyen de coller les deux, histoire d’être sûr. C’était d’ailleurs un moyen assez efficace de trier le bon grain des grosses daubes.

Plus sérieusement, même si ce n’est pas la responsabilité de Steam de définir les catégories d’un jeu (j’ignore réellement si ce sont les éditeurs ou Valve qui s’en occupe), cela contribue à l’aspect foutoir du magasin et ça donne l’impression que le rôle de la plateforme se limite à mettre des jeux en rayon sans réellement connaître ses produits. Comme mon vendeur anonyme de la Fnac. Ce qui pour un commerçant est tout de même peu professionnel, en plus d’être inefficace pour le consommateur.

Chapitre 1 – En immersion dans les promotions

Chapitre 3 – L’avènement des précoces

Chapitre 4 – La grosse poukave

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