S.O.R.S. – Dites 33

Vérifier des passeports, tamponner, passer au scanner, craindre la pénalité, espérer gagner de quoi nourrir sa famille… Papers, Please est un jeu sans concession qui nous raconte l’histoire d’un fonctionnaire des douanes dans une dictature aux accents d’Europe de l’Est. Son gameplay simple (vérifier la conformité de documents) qui s’étoffe au fil des journées avec de plus en plus d’éléments à contrôler a séduit les joueurs comme la critique et il n’est pas surprenant de voir apparaître des jeux qui annoncent s’inspirer de la création de Lucas Pope.

S.O.R.S. replace le concept au sein d’un hôpital futuriste. Au lieu de passer des papiers au crible, ce sont des patients qu’il faudra analyser, diagnostiquer et traiter. Au début vous n’aurez qu’un seul test à leur faire passer mais au fil des journées les examens se multiplient, le nombre de maladies à tester augmente et il sera nécessaire d’apporter la réponse appropriée pour atteindre vos objectifs.

Les tests à effectuer sont présentés au début de chaque journée, il faut prendre en compte les caractéristiques physiques du patient et surtout vérifier le corps des patients pour obtenir des données sur un spectroscope. C’est l’analyse de ces données qui vous permet de diagnostiquer des pathologies.

Dans le futur, les blouses d’hôpital seront toujours aussi moches.
Dans le futur, les blouses d’hôpital seront toujours aussi moches.

Ce jeu développé par Science : Gamed a pour particularité d’avoir été inspiré par de véritables données scientifiques sur les maladies et intègre donc des notions de biologie, de chimie, mais aussi de politique sociale de la santé et de géographie dans son gameplay. Le studio a ainsi prévu un guide pour enseignants pour leur montrer comment utiliser S.O.R.S. pour aborder ces sujets en classe. Cette volonté d’associer jeu vidéo et apprentissage dès la conception du programme est particulièrement rare et mérite d’être soulignée.

Pour un néophyte dans ces domaines, cela ne saute pas aux yeux et si cela renforce la crédibilité et la cohérence des symptômes et examens, cela ne rend pas l’ambiance funky : on est pas dans Theme Hospital avec ses maladies loufoques. Le décor est spartiate, chirurgical, les effets sonores simples, la musique oppressante (et réussie).

L’interface a également repris un des élément qui a fait le succès de Papers Please : elle est volontairement mal conçue. Si dans votre guérite du poste frontière d’Arstotzka, vous n’aviez pas la place de disposer tous les documents demandés pour les étudier confortablement, ici vous allez devoir jongler entre des commandes au clavier peu intuitives (pour changer de page, vous devrez taper « next » en toutes lettres par exemple) et la souris (pour effectuer les tests sur les patients). La gymnastique demandée rend tout diagnostic stressant, surtout lorsque l’on veut revérifier si l’on a bien indiqué que le patient souffre de diabète avec le compte à rebours qui défile.

Faut pas avoir fait médecine pour comprendre les résultats d’analyse, y a des couleurs et tout.
Faut pas avoir fait médecine pour comprendre les résultats d’analyse, y a des couleurs et tout.

Car en plus de tout ça, votre service ne dure qu’un temps limité. Des distractions peuvent également apparaître à l’écran ou des tests s’avérer non concluants (il faudra alors recliquer pour obtenir les données). A noter que quelques bugs viennent compliquer la donne, on est pas en présence d’un jeu fignolé par des fournées de testeurs mais ils peuvent rendre frustrants les phases d’analyse. Mais vous aurez parfois l’occasion d’accélérer certaines procédures ce qui ne sera pas du luxe.

Ces opportunités, ainsi que les présentations des examens, des symptômes et des maladies, se déroulent en dehors de votre service, entre chaque journée de travail. Là se situe une différence avec Papers Please : si ce dernier racontait son histoire entre chaque passeport tamponné, S.O.R.S. vous permet de communiquer par email sans aucun chronomètre pour vous mettre sous pression. Ce sont des respirations bienvenues et qui ont pour but de renforcer l’immersion.

Vous apprendrez à connaître vos collègues, la société qui vous emploie ainsi que le monde futuriste où se déroule cette histoire. À votre arrivée, tout semble beau, tout le monde est sympa. Quelques jours plus tard, certains collègues vous évitent, d’autres insistent pour que vous veniez à leurs soirées, le chef de service vous contacte pour vous encourager, la sécurité informatique vous met en garde contre les hackers… Vos réponses auront une importance sur le gameplay et la suite de l’histoire ; six fins différentes sont d’ailleurs annoncées.

Elle a l’air louche, elle veut nous aider…

Parviendrez-vous à tenir la cadence imposée par la hiérarchie ? Améliorerez-vous la vitesse du scanner ou le rythme auquel les patients arrivent en salle d’examen ? Et surtout, qui vous envoie ces emails dangereux ? Y répondrez-vous ?…

Le gameplay propose un beau challenge, le scénario est fourni et plutôt bien écrit (uniquement en anglais), l’aspect visuel efficace bien qu’il sente chaud le moule « indé » et Science : Gamed propose même de nous rendre moins ignorants et d’aider à la transmission du savoir. S.O.R.S. a choisi un contexte original et cohérent pour y transposer les qualités de Papers Please et toute personne ayant apprécié son expérience de douanier tamponneur devrait prendre le temps de jeter un œil à la démo.

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