ABC Murders – HP sans Lovecraft

19/10/2018

Un meurtre… Un coupable introuvable… Des faux témoignages… Des messages codés… Si ça vous rappelle quelque chose, désolé de vous apprendre que vous êtes vieux. Mais pas autant que l’histoire que nous raconte ABC Murders, tirée du célébrissime roman d’Agatha Christie. C’est sous la forme d’un point & click que l’on va prendre la place d’Hercule Poirot et c’est avec l’aide du fidèle Hastings qu’il va falloir résoudre ces meurtres. Alors affinez vos moustaches, sortez votre plus belle arrogance et vos manières hautaines, c’est parti pour l’aventure.

Sorti début 2016, développé par Artefacts Studio (basé à Lyon et principalement auteur jusqu’ici de petits jeux sur DS) et édité par Microïds, ABC Murders met un point d’honneur à respecter l’esprit de l’œuvre originale et ses nombreuses adaptations (à l’image de cet Hercule Poirot fidèle à David Suchet qui interprète le détective belge dans la série TV britannique). Visuellement réussi avec ses graphismes agréables, le début de l’enquête pose les bases du gameplay tout en introduisant l’intrigue.

Ça pourrait être sympa la côte anglaise, s’il n’y avait pas tous ces meurtres.

Point&click plutôt léger proposant peu d’interactions avec les objets alentours, on se contente de se déplacer, d’observer et de dialoguer avec un nombre croissant de personnages. Les cinématiques ne nous laissent pas une grande marge de manœuvre et les phases interactives ne sont finalement pas si nombreuses. Comme dans les jeux Sherlock Holmes récents, avant chaque dialogue avec un personnage central de l’intrigue, on observe de près son apparence pour en déduire son état d’esprit ou sa condition sociale. Les interrogatoires sont surtout l’occasion pour HP de s’exprimer avec le plus de condescendance possible et vous serez même récompensé par des points si vous choisissez les réponses qui correspondent le plus à sa personnalité.

Techniquement, la maniabilité réussit l’exploit d’être frustrante et pénible. Dans un point&click. Belle performance. Entre les zones interactives apparemment définies au pif et l’impossibilité de sortir d’une zone en double-cliquant, j’ai lâché quelques râles d’exaspération qui n’ont rien à faire dans un jeu de ce type. Les effets sonores et la musique ne m’ont laissé strictement aucun souvenir, mais le doublage français m’a marqué. Notre bon Hercule est plutôt bien doublé (heureusement vu qu’il monopolise la parole une bonne partie du jeu) ainsi qu’Hastings, mais les autres… mention spéciale aux personnages féminins qui m’ont fait penser à un croisement entre une asperge et une pintade. Le ton, la diction, tout est hors de propos et pas crédible une seconde.

L’alcool, la cause et la solution à tous nos problèmes dans la vie.

Le scénario est évidemment de grande qualité. Écrit en 1935, ABC contre Poirot en version française se déroule en plusieurs actes durant lesquels notre héros se voit défié par le coupable et ouvre un large éventail de fausses pistes et de suspects potentiels. L’inconvénient est bien évidemment que si vous connaissez déjà l’histoire, vous connaissez l’intégralité du jeu. Personnellement, je connais surtout l’auteur et le personnage de réputation, mais je m’interroge quant à l’intérêt que pourrait trouver à ce jeu quelqu’un qui a lu l’œuvre originale ou vu une adaptation cinématographique ou télévisuelle.

La petite liberté que s’est offert le studio se trouve dans les puzzles ajoutés un peu au chausse-pied dans l’intrigue, avec ces objets à base de mécanismes à manipuler. Ils ne sont pas très difficiles et sont plutôt sympas à résoudre, sans pour autant sublimer l’intérêt global de l’enquête. Mais entre les déplacements d’un lieu à l’autre et les dialogues avec ces voix qui brisent l’immersion, ce sont de bons moments, tout comme les reconstitutions des meurtres basés sur la déduction.

J’accuse le colonel Moutarde, dans le petit salon, avec le chandelier. Comment ça je me trompe de jeu ?

L’aventure ne dure que quelques heures et n’a littéralement aucun potentiel de rejouabilité (ce serait comme regarder Usual Suspects en sachant déjà que le père de Luke voit des gens qui sont morts), mais il ne s’agit pas d’une mauvaise expérience de jeu. Porté à bout de bras par son scénario qu’il traite avec respect, c’est une aventure que je recommande surtout à ceux qui ne savent pas déjà qui est le coupable et qui sauront passer outre la maniabilité approximative et le jeu d’acteur des doubleurs français (et pourtant la postprod s’est faite chez Miroslav Pilon, pas des débutants).

Il est vendu 15€ sur Steam, est passé dans deux bundles et déjà tombé sous les 5€ lors de différentes soldes (prix auquel il me semble judicieux de s’y intéresser au vu de sa durée de vie) depuis sa sortie début 2016. J’encourage surtout Artefacts Studio à adapter d’autres chefs d’œuvre de la littérature policière, cela pourrait donner de très bons résultats s’ils savent régler les défauts évoqués.

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