The 39 Steps – Sauver l’âme d’Hannay

19/10/2018

Cela fait des années que je vois ce jeu dans différents bundles. Il est recensé dans pas moins de dix-neuf d’entre eux, ce qui doit approcher du record. Je me l’étais toujours figuré comme un jeu d’aventure sans grand intérêt, dont personne ne parlait et que tout le monde souhaitait échanger ou donner, ce qui était aussi mon cas. Dans mon esprit, il a clairement souffert de ce statut accordé par cette omniprésence lors de l’explosion des bundles. C’est vraiment sur un coup de tête que je l’ai ajouté à mon compte. Et aussi parce que j’étais persuadé que personne n’en voudrait.

Présenté comme un jeu d’aventure, voire même un Point&Click sur sa page Steam, je me dois d’être plus nuancé. Autant le dire d’emblée : il s’agit d’un visual novel sans aucun choix de dialogue ou d’action à accomplir. La seule subtilité, c’est que lorsque vous avez plusieurs éléments sur lesquels vous pouvez cliquer, assurez-vous de le faire dans l’ordre ou vous pourriez manquer des succès. Et quelques détails de l’histoire.

Chéri, je suis rent… oh, t’as encore tout sali le salon !

Donc installez-vous confortablement parce que vous allez appuyer sur le mulot. Un peu trop souvent d’ailleurs. Quitte à regarder une histoire, j’aurais préféré ne rien avoir à faire du tout ; là je n’ai que trop conscience de ma situation : je ne suis là que pour cliquer en boucle. Alors oui, il y a bien ces moments chiants de QTE, où il faut réaliser des formes en bougeant la souris. La conséquence pour moi, c’est qu’il fallait que je me redresse pour atteindre le tapis de souris et faire les mouvements. Prodigieusement inutile.

Je me rends bien compte qu’avec tout ça, vous vous demandez l’intérêt du bestiau. C’est évidemment son scénario, comme pour ABC Murders. The 39 Steps est l’adaptation du roman éponyme de John Buchan, une véritable légende qui fut avocat, écrivain, homme politique et gouverneur du Québec. C’est également la première aventure de Richard Hannay qui sera par la suite le héros de quatre autres ouvrages. De l’ancien (The 39 Steps date de 1915 tout de même) mais du maitrisé, qui sera adapté par Hitchcock au cinéma.

Il aurait été dommage de saloper un tel matériau, on peut donc saluer The Story Mechanics (le studio est devenu depuis The Secret Experiment et a sorti Beckett) qui n’en a pas fait n’importe quoi ; l’histoire est racontée avec un rythme mesuré, parfois trop mou mais dans une ambiance toute british de qualité. Les illustrations sont pour la plupart réussies, la musique est assez discrète et les doublages sont très agréables avec ces accents (notamment écossais) et cet argot suranné. Le seul problème de la technique demeure donc les « interactions » qui viennent casser la fluidité de la narration.

On va en visiter, du trou paumé.

The 39 Steps est un roman d’espionnage qui se situe en Grande-Bretagne en mai / juin 1914, à la veille de la guerre, et mêle intrigues politiques, complots et meurtres. Si l’implication du personnage principal peut sembler artificielle et plus basée sur un concours de circonstances qu’autre chose, je l’ai suivi avec plaisir dans sa quête parsemée d’embuches et de rencontres parfois pittoresques.

J’en ressors satisfait, malgré son interactivité limitée et finalement peu justifiée ; c’est tout de même une tentative de narration intéressante et si on excepte deux ou trois raccourcis et ellipses qui nuisent peu à la compréhension de l’histoire, une bonne façon de faire découvrir un auteur, une époque, un contexte. En fonction de votre vitesse de lecture, c’est une aventure qui se boucle en trois-quatre heures, uniquement disponible en anglais (et gaélique, pour l’anecdote).

Vendu 10€ sur Steam à plein tarif, il est soldé les trois quarts de l’année et je ne serais pas surpris de le voir repasser en bundle ; à envisager si, et ce n’est pas forcément péjoratif, un jour, vous avez simplement envie qu’on vous raconte une histoire sans trop vous solliciter.

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