Aviary Attorney – Mon truc en plumes

5/10/2018

Ah, Paris… Ses grands boulevards, sa révolution bourgeoise, ses amoureux en bords de Seine… Et ses putains de pigeons. Bienvenue en 1848, dans une ville en proie à l’agitation sociale et aux scandales. Dans ce visual novel d’enquête et de procès, vous découvrirez des personnages aussi surprenants que poilus ou emplumés, engagés dans une quête de vérité et de justice.

Nos deux protagonistes principaux sont peut-être des piafs, mais ils sont avant tout des avocats. Contactés par des clients accusés de divers crimes et malversations, ils parcourent les rues de Paris et découvrent que leurs affaires ne sont jamais aussi simples qu’elles en ont l’air. Jayjay Falcon, brillant dandy et homme de loi, est accompagné de son sidekick rigolo, Sparrowson et sa grande gueule. Le duo fonctionne bien : l’un fait n’importe quoi, tandis que l’autre met son intelligence à l’épreuve des témoins et accusés qui ont comme point commun d’avoir une vision très personnelle de la vérité.

On rencontre de tout dans les geôles parisiennes.

Graphiquement agréable avec son filtre Instagram sépia et son dessin crayonné, clairement inspiré du travail de Grandville, il propose un gameplay plus profond que la plupart des visual novels classiques. Garanti sans croupion ni poitrine glabre (désolé pour les zoophiles), les longues phases de dialogues sont entrecoupées de puzzles pour nous faire progresser dans nos enquêtes. Les différents animaux rencontrés sont bien écrits, chacun ayant son rôle à jouer et toujours quelque chose à cacher.

Entièrement en anglais avec quelques morceaux de français disséminés ça et là, le scénario est le point fort du titre, servi par le format VN sans tomber dans la plupart des défauts du genre. Il y a bien ce côté pénible de devoir faire défiler les dialogues avec ces bips intempestifs ou une certaine rigidité dans les animations, mais on passe vite outre lorsqu’on commence à s’intéresser à l’histoire.

Les affaires se déroulent en deux phases distinctes ; les enquêtes, qui nous mènent dans divers endroits de la capitale (sans tomber dans la caricature touristique, on visite tout de même quelques lieux illustres) pour y rencontrer des personnages anthropomorphes et qui n’ont parfois rien à voir avec la faune qu’on s’attend à trouver sous ces latitudes. Ce côté fable de La Fontaine reste tout à fait agréable, aidé encore une fois par la qualité de l’écriture.

Et ça picole pendant le travail.

On discute, on soulève de nouvelles questions, on enquête plus ou moins discrètement, pour enfin passer au procès. Qu’importe la qualité de notre préparation, ils seront le théâtre de révélations inattendues qui viendront bouleverser votre défense ou votre confiance envers vos clients. La police et les juges ne sont pas à l’honneur, passant de l’arbitraire à l’incompétence, mais Jayjay n’en démordra pas et continuera de chercher la vérité, quelle qu’elle soit, au péril de sa vie et (surtout) de celle de Sparrowson.

L’humour est savamment distillé, les thèmes sont variés, allant du trivial au tragique, bref, quiconque ayant un niveau minimum en anglais saura apprécier ce scénario intelligemment écrit. On peut tout de même regretter l’absence de traduction française officielle ; n’ayant pas testé les traductions de la communauté, je ne me permettrait pas d’augurer de leur qualité. Les réflexions sur la justice, la révolution pacifique, le traitement des petites gens par les puissants ne vont pas toujours très loin, souvent contrebalancées par les mesquines ambitions personnelles des personnages, mais l’ensemble offre un cadre intriguant et toujours cohérent.

C’est louche.

Aviary Attorney m’a offert quelques heures très agréables, accompagnées par une musique pertinente (et qui me fait d’autant plus regretter la pauvreté des bruitages) et un minimum de rejouabilité. Plusieurs fins sont disponibles, en fonction de la tournure des procès et des choix moraux effectués. On peut d’ailleurs reprendre le jeu d’où l’on veut une fois certaines étapes franchies pour tester différentes approches. Rien de révolutionnaire pour un VN que de proposer de multiples résolutions à l’aventure mais le jeu a la décence de ne pas nous obliger à tout recommencer comme la plupart de ses congénères. Les anglais de Sketchy Logic ont financé leur projet sur Kickstarter avec une campagne réussie fin 2014 et un peu plus de 20 000€ récoltés grâce à 1500 contributeurs (la traduction française était dans le palier à 75 000£…).

Sorti sur Steam avec à peine six mois de retard sur le planning (annoncé pour juin 2015, il sortira finalement en décembre de la même année), il y a reçu un bel accueil. Il est tout de même vendu 15€ sur Steam plein tarif, ce qui est un peu élevé pour une durée de vie de quatre-cinq heures (si on prend le temps de rejouer pour atteindre les différentes fins).

Passé à -75% lors des dernières soldes et à l’honneur du Humble Monthly de mars 2018, pour une remise de cette importance (ou à l’échange sur barter.vg), je conseille à tout fan de jeu d’enquête de sérieusement de se pencher sur les aventures animalières de Jayjay et Sparrowson dans ce Paris aux relents de poudre révolutionnaire.

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