Beholder – Collabo Simulator

Aucun rapport avec Eye of the Beholder. Je dis ça d’entrée pour les vieux qui se rappellent du titre. Beholder, littéralement « observateur », se déroule non pas dans un donjon médiéval fantastique mais dans une dictature de la pensée qui surveille les faits et gestes des citoyens jusque dans leur intimité.

Carl Stein est le nouveau concierge d’un immeuble d’habitation et prend ses fonctions au moment où son prédécesseur est expulsé à coups de tonfa sous les yeux de sa femme et de ses enfants. Comme un avertissement, le superviseur explique à Carl que c’est ce qui arrive quand on fait mal son travail.

Son job consiste à surveiller les habitants, à repérer leurs petites habitudes et à les dénoncer lorsqu’ils enfreignent la loi. On discute avec les uns et les autres, on laisse trainer les oreilles lorsque certains parlent de leurs voisins, on attend qu’ils soient partis au travail pour entrer chez eux et fouiller leurs armoires et on place des caméras de surveillance pour ne rien rater de leur vie privée.

L’installation de caméras est indispensable à la réussite de votre mission.

On fait ensuite des rapports pour recevoir de l’argent et payer les nombreuses factures qui s’accumulent. Car il faut aussi s’occuper de sa famille, sa femme qui a besoin d’argent pour les courses, son fils qui va à l’université et sa fille malade qui nécessite des soins hors de prix.

En plus de tout ça, le gouvernement nous assigne régulièrement des missions : trouver une raison d’expulser un locataire, accueillir une personnalité importante ou placarder la propagande officielle dans les lieux de vie commune. Mais il n’est pas le seul à donner des ordres et la résistance à l’oppression ne tardera pas à vous demander de l’aide, sans compter les locataires qui ont régulièrement besoin de nous, que ce soit pour une cravate, rencontrer une femme ou une arme pour se défendre.

Tous les jours, une nouvelle directive absurde rend illégal le fait de posséder des pommes ou encore de chanter en public. On peut couvrir les activités de personnes qu’on aime bien ou qui peuvent nous aider, on peut aussi les faire chanter contre de l’argent ou les dénoncer pour la récompense. La police vient alors les emmener à coups de pieds au cul et on peut alors louer l’appartement libéré à une autre famille.

La vue d’ensemble de l’immeuble, sombre mais réussie.

Le scénario est assez directif bien qu’il soit possible de faire des choix radicalement différents entre deux parties. Réveiller le collabo qui sommeille en vous ou combattre le système au prix de votre liberté, voilà le choix que vous propose Beholder. Les ordres du gouvernement ne sont pas toujours contournables sous peine de se voir emmener pour insubordination mais on peut trouver des solutions alternatives, pas toujours évidentes au premier abord. On tombe dessus un peu par hasard au cours d’un dialogue sans que cela soit toujours très intuitif ; dommage, ça aurait pu être mieux amené.

Le style graphique est très réussi, tout en nuances de noir et blanc avec de rares couleurs vives ; les contrôles à la souris ne sont pas toujours très précis mais on se fait assez vite au système. J’ai beaucoup aimé le thème musical principal, sombre et mélancolique à souhait sans être trop répétitif. Une ambiance réussie, de mon point de vue.

On observe comme un voyeur les habitants sombrer dans l’alcool ou tromper leur mari, on demande l’aide d’un médecin pour sa fille, on fouille les placards et on sort en courant au dernier moment pour ne pas se faire prendre par les habitants qui ne manqueront pas de nous dénoncer. On jongle entre les ordres et le bien être de sa famille que l’on peut également dénoncer si on le souhaite. Les dilemmes moraux sont nombreux sans que l’on sache quelle est la moins mauvaise solution mais reste cette impression de manque de contrôle général sur les événements qui gâche parfois certaines phases où on reste sans trop savoir quoi faire.

Une expulsion musclée d’une femme sans défense, votre quotidien de collabo ordinaire.

Quelques bugs et incohérences à noter, comme quand le jeu m’annonce deux fois la mort de ma femme à quelques jours d’intervalle et me demande de payer pour les funérailles ou cette fin de jeu qui me raconte le devenir de mon fils, pourtant mort quelques jours plus tôt. Les objectifs à accomplir en un temps limité gardent le joueur sous pression, surtout lorsqu’il faut espionner des gens sans emploi qui ne sortent que rarement de chez eux mais peuvent être parfois frustrants. Les différents arbres narratifs ne sont pas évidents à repérer mais cela offre une certaine rejouabilité avec également ces directives quotidiennes aléatoires.

Traduit et doublé en français avec les pieds, pour rester poli, il n’est pas particulièrement bien écrit avec notamment ce personnage de Carl Stein qui peut aller du prévenant au franchement macho mais le gameplay « engagé » propose de nombreuses possibilités. J’ai perdu toute ma famille lors de mon premier run, j’ai tenté de sauver une famille qui a fini sa fuite au fond de l’eau lors du naufrage de leur navire, j’ai comploté avec un faussaire et dénoncé une nymphomane croqueuse de diamants.

Offert sur IndieGameStand à sa sortie, une méthode commerciale surprenante surtout pour un jeu solo, Beholder a de nombreuses qualités mais souffre de défauts qui peuvent frustrer sur le long terme avec notamment un manque global d’informations ou de visibilité sur les conséquences de ses choix. Un petit jeu de gestion plutôt sympathique et original qui reste une expérience agréable, surtout à 9,99€ sur Steam.

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