Mudlarks – De boue, les morts

Après avoir découvert Cloak and Dagger Games avec A Date in the Park, un point&click gratuit intelligent mais très court, j’ai voulu voir leurs autres créations. Suite à un commentaire sur le forum Steam du jeu (comme quoi ils servent parfois à quelque chose d’autre qu’à abriter les trolls les plus stupides d’Internet, après ceux de Canard PC bien sûr), j’ai noté le nom de Mudlarks et je l’ai téléchargé puisqu’il est disponible gratuitement sur GameJolt.

Si A Date… est un jeu très court, Mudlarks propose une aventure bien plus conséquente dans une ambiance globalement assez glauque et parfois même flippante. Mais qu’est-ce qu’un mudlark, me demanderez-vous avec à propos ? Ce mot étrange désigne les chercheurs de trésor de Londres du dix-neuvième siècle qui fouillaient les rives boueuses de la Tamise dans l’espoir d’y découvrir des objets de valeur rejetés là par le courant (le terme étant un dérivé d’argot signifiant « cochon »).

Un des rares moments où les deux amis sont réunis.

Le rapport avec notre aventure ? Les deux personnages principaux sont évidemment des mudlarks modernes, qui perpétuent cette ancienne tradition sur leur temps libre pour la beauté du geste, le plaisir de trouver des restes historiques de l’activité londonienne et pourquoi pas se faire du fric avec des bijoux.

Après une matinée de fouille, nos deux compères, Vincent et Winston sont sur le point de partir finir leur journée au pub quand Vincent tombe sur un pendentif ancien qui contient les photos de deux femmes. Ce sera le point de départ d’une aventure qui verra Winston retourner chaque caillou de Londres pour retrouver son ami, au prix de mensonges, de chantages et autres séances de spiritisme.

Un pub où vous allez passer du temps.

Le pendentif semble maudit puisque Vincent disparait peu de temps après qu’il l’ait découvert et Winston commencera sa quête en soudoyant un bobby particulièrement stupide. La police et les autorités ne sont globalement pas à leur avantage d’ailleurs, mais ce n’est rien comparé à l’église dans cette histoire qui flirte avec le passé et le contexte antisémite de la deuxième guerre mondiale. Rien que ça.

Techniquement, n’ayons pas peur des mots, le jeu est très moche. Les animations des personnages sont foireuses et si les décors s’en tirent mieux, c’est quand même assez raide. Pourtant on se fait assez vite à ce mélange photoréaliste pour mieux plonger dans l’aventure. La musique est plutôt correcte et on peut gérer la vitesse des déplacements, ce qui rend l’ensemble assez agréable à jouer. Attention tout de même avec le mode plein écran que je n’ai personnellement jamais pu lancer ; j’ai donc joué dans une fenêtre minuscule sans que cela ne gâche mon plaisir.

Une jolie carte pour se déplacer de lieu en lieu.

Les personnages sont parfois plus que caricaturaux mais certains viennent relever le niveau et se mettre au diapason d’une histoire prenante, notamment grâce à Winston et son obstination à retrouver son pote. Les énigmes sont assez logiques avec quelques petites subtilités à prendre en compte (si l’on exclut une énigme à la toute fin du jeu qui est impossible sans changer un réglage du jeu), on découvre l’histoire des femmes du pendentif au travers de témoignages, de recherches et de cauchemars. C’est d’ailleurs le côté raté des graphismes qui les rend encore plus flippants ; une utilisation intelligente de leur limitations techniques pour mieux créer l’ambiance.

On devine assez vite que l’histoire est dramatique mais Winston garde espoir jusqu’au bout et va jusqu’à voler des ambulances, faire tabasser des gens, faire appel à une medium et acheter de la drogue pour parvenir à ses fins. J’ai passé quelques heures intenses à parcourir Londres, ses pubs, ses bibliothèques et ses sociétés secrètes pour un final prévisible mais satisfaisant. Mudlarks s’en sort par sa qualité d’écriture et n’a rien à envier à des titres payants. A part pour ses graphismes d’un autre âge technologique.

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