ABZÛ – Riding the sea dragon

Parmi mon nombre incalculable de défauts, j’en ai un qui a déjà mis ma vie en danger : j’ai la phobie de l’eau. Alors, pour couper court aux questions à la con (si si, je vous ai vu lever légèrement la main pour m’interrompre), j’arrive à boire et à me laver. Par contre, nager, c’est inconcevable. C’est pourquoi il était totalement logique que je joue à ABZÛ.

Enfin « jouer » à ABZÛ, c’est beaucoup dire. Comme tous les simulateurs de promenade, difficile de parler de gameplay. Il s’agit surtout d’en prendre plein les yeux, de voyager, de découvrir un univers. Tout leur intérêt repose donc sur la qualité de la représentation et la profondeur de cet univers.

Dans ABZÛ, on dirige un petit personnage qui me rappelle le soldat des Looney Tunes avec son visage noir et son casque. En plongée à travers différents environnements marins, on le verra rencontrer des poissons, des mollusques, des mammifères, bref, toute la faune locale. Ils sont d’ailleurs plutôt sympas puisque même les requins ne verront rien à redire à ce qu’un petit bonhomme s’accroche à leur aileron.

On passe son temps à rencontrer de nouvelles espèces, que l’on peut observer de près lors de phases de méditation (on passe alors de simulateur de nage à économiseur d’écran aquarium). C’est l’occasion d’apprendre le nom et l’apparence de la vie sous-marine (important, ce tiret). Je ne vous cache pas qu’après les premiers poissons, on se lasse rapidement et on oublie vite leur nom.

Le jeu ne raconte son histoire qu’à travers ses décors. On passe de zone en zone, chacune ayant ses poissons respectifs à découvrir ainsi que deux trois machins plus ou moins planqués. Le jeu utilise un peu la verticalité que permet l’environnement aquatique et autorise même d’aller voir à la surface, mais c’est pour constater sa platitude. A part pour faire des sauts périlleux à dos de requins comme à Aqualand, cela n’a aucun intérêt et on repart vite sous l’océaaaan. Voilà, comme ça vous avez la chanson dans la tête.

On tombe assez vite dans le répétitif : nouvelle zone, nouveaux poissons, wah on peut s’accrocher à lui, oh un machin au fond de l’eau, hop sur la statue de méditation, go nouvelle zone, rince, repeat. On sortira de cette routine pour un moment de grâce avec des baleines pour finir avec un passage Tomb Raiderien minimaliste (pour l’exploration, pas pour la psychopathe qui dessoude du gangster par pack de 12) à l’ambiance réussie.

Je crois que c’est le terme qui décrit le mieux ABZÛ : l’ambiance. C’est doux, reposant, sans aucun moment de stress vu l’absence de menace et l’impossibilité de se retrouver coincé vu le niveau des « énigmes ». Ce n’est pas une surprise car le jeu est l’œuvre de Giant Squid Studio, dont le directeur créatif et co-fondateur n’est autre que Matt Nava. Ca ne vous dit peut-être rien comme ça mais si je vous dis Flower et Journey, jeux dont il était le directeur artistique, vous comprendrez sans doute mieux de quoi je parle.

La qualité graphique d’ABZÛ est indéniable, certains passages sont envoutants, on sent que le bonhomme n’a rien perdu de sa capacité à créer des atmosphères visuelles marquantes. Mais à mon sens le côté « aquarium à visiter » ne compense pas l’absence de gameplay ; le voyage dure deux petites heures qui passent sans qu’on s’en rende compte et ce n’est qu’en désinstallant le jeu qu’on se dit « mouais, c’était bien vide quand même ». Est-ce que ça vaut les 20€ demandés ?

La réponse est évidemment à mettre en perspective avec ce que vous attendez d’un achat Steam : du dépaysement détendu, de l’émerveillement léger, des crises d’angoisses (dans mon cas) ou du challenge par le gameplay ? Dans le dernier cas, vous ne trouverez pas votre bonheur dans ABZÛ, seulement un moment sympathique bien que répétitif et qui ne provoque finalement que peu d’émotions. À part une légère envie de bouillabaisse.

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