McPixel – Une camisole, de gré ou de force

Des jeux WTF qui le revendiquent, on peut en trouver un certain nombre et sous de nombreuses formes. Goat Simulator, I Am Bread, The Stanley Parable, Mount Your Friends… Tous possèdent un intérêt relatif à votre sensibilité au propos ; un légionnaire sera sans doute plus naturellement attiré par Goat Simulator quand les traumatisés de l’open-space se retrouveront plus dans The Stanley Parable.

Mais qui pourrait bien être la cible de McPixel ? Qui peut sérieusement comprendre quoi que ce soit à ce que nous propose ce jeu ? Si quelqu’un se sent une once de proximité avec ce dans quoi nous emmène ce roux taré, je l’invite à consulter un psy d’urgence ou à participer à Secret Story, qu’il ne reste pas seul dans sa détresse.

Puzzle game qui nous fait enchaîner six tableaux en boucle jusqu’à les avoir tous réussis, McPixel est visiblement le héros de ces scénettes de vingt secondes. On se trouve dans une situation critique et il faut trouver la combinaison de clics qui permettra à McPixel d’empêcher les lieux d’exploser.

Même le menu c’est n’importe quoi.

Parfois il suffit d’un clic au bon endroit, parfois il faudra prendre d’abord un objet avant de l’utiliser sur le décor ou sur un personnage, la solution est rarement la plus évidente et les nombreuses erreurs possibles entraînent un dénouement complètement débile.

McPixel adore frapper les gens dans l’entrejambe. C’est d’ailleurs son seul moyen de communication. Sinon il aime également injecter des produits aux animaux, tabasser des serpents à coups de pelle ou vivre une romance courte mais intense avec un ninja. Bienvenue dans le monde de nawak.

Chaque chapitre voit les niveaux se succéder à un rythme… trop lent. Si les vingt secondes sont rarement nécessaires pour cliquer au mauvais endroit, entre l’écran de l’explosion et le début du tableau suivant, l’attente est très longue. Au moins dix secondes. Ça n’a l’air de rien mais quand l’interactivité est limitée à deux clics, on a vraiment la sensation de passer plus de temps à attendre qu’à jouer. C’est ballot pour du die and retry pur et dur.

Fais tourner, ET !

Après avoir réussi les tableaux d’un chapitre, il faudra les refaire pour épuiser tous les échecs possibles et débloquer plus de niveaux. On cherche alors toutes les combinaisons qu’on a pas encore testé, des moins idiotes aux plus stupides. Vu qu’elles ne diffèrent pas beaucoup des « bonnes » solutions, on essaie surtout de cliquer partout pour voir si un élément du décor n’est pas interactif.

Si on réussit trois niveaux d’affilée, on a droit à un bonus stage aléatoire encore moins compréhensible que le reste. J’ai porté des chats dans une nyan-vache, soulevé des pulls et je me suis étalé du caca sur le visage pour sauver une vache. Je serais la brigade des stups, j’irais jeter un œil chez Sos, l’auteur de cette curiosité vidéoludique. Doit y avoir de quoi rigoler.

Quand on en a marre de mettre du ketchup sur un bâton de dynamite avant de se le coller sur le visage, de troller un alien en lançant Space Invaders sur l’ordi de sa navette, de se photocopier le cul ou de se jeter dans un volcan, on peut aller voir du côté des DLC gratuits qui sont autant de niveaux supplémentaires. Disponibles en grand nombre et de tous types, ils sont souvent des clins d’œils sympas comme l’indiepack avec ses niveaux Bombline Miami ou Bomb & Sorcery. Si le jeu de base ne comporte que quatre chapitres pour 100 niveaux annoncés, il restera toujours un truc à découvrir avec ces DLC.

Maintenant, j’ai peur des vaches.

Graphiquement, comme on pouvait s’y attendre, le jeu est de base en pixel-art, mais le gros qui tâche. Ambiance Atari 2600 mais avec des couleurs. Après avoir passé une série de niveaux, j’ai jeté un œil aux options et quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai découvert que différents filtres étaient disponibles, affinant ou faisant baver les pixels. Au moins on a le choix, même si à ma grande surprise pour un titre pesant 64Mb, le filtre le plus propre fait tomber les FPS vers les 15-20. Alors ok, ma machine commence à accuser son âge, m’enfin tout de même. On a sa fierté.

La musique tout à fait dans l’esprit (du 8-bits so 80’s) est particulièrement agaçante et répétitive. Dommage, il aurait suffi de proposer plus de variété car les morceaux ne sont pas honteux mais se taper en boucle le même thème jusqu’à la nausée à tendance à gâcher le plaisir. L’absence de tout effet sonore pour ponctuer l’action est également regrettable.

Toujours aussi poli, ET.

Ce jeu sorti en 2011 est passé trois fois dans des Humble Bundles, a été proposé gratuitement sur Amazon et à 0,79€ sur Steam. Son prix habituel est de 3,99€ et bien que ce ne soit pas mon genre de recommander des jeux simplement parce qu’ils ne sont pas chers, j’ai envie de vous dire de laisser sa chance à ce concentré surprenant d’humour en dessous de la ceinture qui défie toute logique en proposant des solutions que n’aurait pas renié un Perceval jouant au Kamoulox.

Si (comme moi jusqu’ici) vous l’avez dans votre bibliothèque Steam depuis des lustres sans jamais avoir eu envie de le lancer, vous me remercierez peut-être pour les quelques dizaines de minutes que vous perdrez à répandre le chaos. Par contre, par honnêteté intellectuelle, je ne peux vous cacher qu’il existe une probabilité non négligeable que vous m’en veuillez par la suite pour l’expérience traumatisante que vous viendrez de vivre. Dans les deux cas, ça aura été pour moi un plaisir.

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