Epistory Typing Chronicles – Dactylophilie origamique

« C’est quoi ce jeu pour dactylo ? » m’a demandé ma tendre moitié le jour où je lui ai expliqué le concept d’Epistory Typing Chronicles. Devant un jugement aussi hâtif qu’à moitié vrai, je n’ai pu qu’admettre que oui, sur le papier, le concept peut laisser de marbre. Et d’avouer que moi aussi, je m’étais laissé prendre au jeu du jugement à l’emporte-pièce.

Mais n’étant pas homme à m’arrêter aux apparences (la preuve je suis presque ami avec Ruvon) et vu qu’on me l’a offert chez les canards généreux, j’ai donné sa chance au produit. Sous le regard désabusé de madame, je me suis donc lancé dans les aventures de Josette (on va l’appeler comme ça, c’est mon article, je fais ce que je veux), juchée sur son fidèle renard, Dédé (cherchez pas j’vous dis).

Le monde se déplie devant vous, c’est choupi tout plein !

Dans cet univers créé par un dieu autiste de l’origami, notre héroïne va devoir déplier le monde autour d’elle en dégommant les méchants insectes qui pullulent et mettent le bordel. Pour ce faire, Josette va devoir récupérer quatre pouvoirs, cachés dans des niveaux aussi variés que choupinoux, et liés aux différents éléments : feu, glace, foudre et vent. Oui, le scénario tape dans l’originalité c’est incroyable. Et vous n’avez toujours pas compris la remarque de ma femme, mais ça c’est normal, même moi j’ai du mal parfois (bisous ma chérie).

Des puzzles si simples que même Ruvon peut les résoudre !

La spécificité d’Epistory est que les ennemis disposent de « couches de vie » (désolé, je n’ai pas trouvé de meilleur terme) symbolisées par… des mots. Et comme vous n’êtes pas la moitié d’un couillon, vous avez compris que pour les faire sauter (les couches de vie, pas les monstres), il va falloir taper les mots en question ! Si les débuts sont très simples, les ennemis ne nécessitant qu’un mot de 3 ou 4 lettres pour être défaits, les choses se corsent très vite quand vous réalisez que certains ne sont vulnérables qu’à un élément en particulier. Et qu’il va falloir switcher entre les éléments. Pas en appuyant sur une simple touche, non non, ce serait trop simple. Mais en tapant le nom de l’élément que vous voulez équiper. Comme vous êtes dans la plupart des cas obligé de rester immobile (pour ne pas perdre votre combo ou parce que le jeu vous y oblige) et que les ennemis progressent inexorablement vers vous, cela donne des situations stressantes où les doigts s’emmêlent et les touches de votre clavier mangent cher. Car au moindre contact, vous mourrez et devez reprendre la série entière.

Nan mais c’est pas un mot ça !

Heureusement pour vous, et accessoirement l’héroïne, le jeu vous aide de plusieurs manières : si vous vous trompez d’une lettre au milieu d’un mot, vous êtes autorisé à reprendre la frappe, sans tout retaper. Très très utile si comme moi vous tapez laborieusement avec deux doigts et en tirant la langue. Ensuite, chaque élément a une spécificité : le feu va cramer la couche de vie suivante du monstre, la glace les ralentira, le vent les repoussera, la foudre rebondira d’un ennemi à l’autre… Epistory récompense aussi les dactylos sous acide, capables de faire crépiter le clavier sans erreur : chaque mot correctement tapé fait monter une jauge de combo qui multipliera vos points d’expérience gagnés. Et qui dit expérience dit niveaux et points de compétence à dépenser. Les bonus vont de l’efficacité accrue d’un élément à la possibilité de dévoiler les secrets d’une zone, en passant par la course plus rapide de Dédé ou encore un instinct vous guidant vers le prochain point d’intérêt. Une surcouche RPG très light mais bienvenue qui offre un peu de profondeur à un jeu qui se veut le plus accessible possible.

Les compétences à acheter, toutes utiles.

Epistory se place donc dans la catégorie des petits jeux sympathiques à qui on pardonne aisément leurs défauts. Car oui, il en a bien évidemment, mais tellement anodins qu’on pardonne aisément aux développeurs et qu’on continue l’aventure sans le moindre ressentiment.

Au premier rang je citerais les déplacements, loin d’être fluides. Rien de bien grave c’est sûr mais il y a un petit quelque chose dérangeant dans la manière de déplacer ce p*%*$ de renard, incapable d’autre chose que de courir dans une des 8 directions programmées.

Ensuite, même si on dispose d’une carte, il n’est guère aisé de voir quelle zone doit être parcourue en priorité. Il en découle le sentiment de ne pas forcément faire le jeu dans le bon ordre, surtout que les messages narratifs de la voix off ne sont pas spécialement prenants, ou alors je suis un monstre sans cœur qui se cogne de ce scénario assez perché (finissez le jeu, vous comprendrez) (NdChaologue : je vote pour l’hypothèse « monstre »).

Il faut switcher à la volée entre les différents éléments.

Epistory Typing Chronicles est donc une excellente surprise, un de ces petits OVNIs vidéo-ludiques qui ne laissent pas indifférent. Si vous arrivez à vous prendre au jeu et à ne pas faire grand cas d’une histoire somme toute peu intéressante, si vous avez une résistance à la frustration élevée du fait d’un niveau de difficulté en dents de scie, alors je vous conseille chaudement de vous plonger dans les aventures de Josette et Dédé. Même si celles-ci traînent un peu en longueur, l’originalité de la direction artistique (il faut voir le monde se déplier devant vous à chaque découverte de zone) et du gameplay (basculez en anglais quand vous en aurez marre de toujours taper les mêmes mots en français) compensent largement.

(Jetez un oeil au topic du forum Canard PC consacré au jeu, ouvert par un des développeurs)

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