DEX – Cyberpunk is not dead

J’avais commencé à rédiger une preview de Dex il y a de longs mois. Le jeu était alors en Early Access sur Steam depuis août 2014, tout le contenu n’était pas encore disponible, notamment le scénario principal. Sorti officiellement le 7 mai 2015, il fut violemment patché pendant quinze jours. Après quelques heures sur la version finale et en relisant mes notes, je réalise avec dépit que les changements apportés vont me demander plus de travail qu’un gros copier-coller.

Dex, c’est court pour un nom de jeu. Et un peu trop générique aussi. Le genre de titre que si tu le cherches dans Google, ton premier résultat sera un dictionnaire roumain. Je ne déconne pas. Lors de l’Early Access j’en cherchais l’origine de ce titre : serait-ce le nom du grand méchant ? D’un lieu ? Un acronyme ? Aucun élément, aucun dialogue ne le laissait entendre. J’ai donc poussé un « aaaahhhhh, c’était donc ça » lorsque j’ai appris lors de l’intro que c’était le nom de l’héroïne du jeu.

Oui, on joue une fille. Une victoire des Social Justice Warriors ? Une raison pour les gamerg(h)aters de péter un câble dans leur monde parallèle où on parle d’éthique journalistique ? Je vous répondrais : ouais mais elle a les cheveux courts. Et bleus. Comment ça, ça n’a rien à voir ?

J’allais vous raconter ma rencontre avec Dex mais d’abord quelques précisions importantes avant que je vous perde : annoncé comme un RPG dans un univers cyberpunkàchien, sa gueule de beat them all des années 90 en 2D peut surprendre. C’est un pari intéressant que fait Dreadlocks Ltd. sur ce point, avec des conséquences plus ou moins heureuses sur le gameplay.

Le studio tchèque a lancé son Kickstarter en novembre 2013 avec un tout petit objectif de 14 000£ (20 000€). Il en récoltera le double, atteignant le palier… pour la version WiiU mais s’évitera l’humiliation d’une version Nvidia Shield. Belle réussite malgré tout, sortir du lot au milieu des centaines de projets de RPG futuristes qui se ramassent à la pelle sur Kickstarter n’était pas gagné d’avance.

L’intro cryptique nous présente succinctement l’univers dans un style graphique réussi puis nous met aux commandes de Dex pour un tutoriel basique. Un peu dans le speed puisqu’on doit fuir une menace inconnue, on respire le temps d’un voyage en ascenseur durant lequel la liste des membres de l’équipe de développement défile. Une façon originale et bien pensée d’intégrer les crédits que personne ne lit jamais.

L’histoire respecte l’imaginaire cyberpunk : de méchantes mégacorpos hommes lézards Illuminatis contrôlent toute la société en loucedé pour le profit s’opposent aux gentils hackers qui veulent faire éclater la vérité pour apporter la liberté, la paix et Pirate Bay aux peuples opprimés. Combat qui prend une nouvelle tournure à l’apparition du traditionnel messie qui s’ignore jusqu’à ce qu’il se retrouve au milieu du merdier.

La suite nous emmène arpenter Harbour Prime, ses quartiers, ses décors, ses secrets et ses distributeurs de capotes. Dex est une badass, athlétique, coupe punky (sans Brewster), pantalon en cuir et trenchcoat au col relevé. Ce mélange entre Trinity et l’inspecteur Gadget rend pas mal.

Aux commandes, on saute, on se baisse, on court, on effectue des roulades, sur un seul plan. Contrairement à un Double Dragon, on ne peut évoluer sur la profondeur de l’écran. On s’accroche aux rebords des bâtiments, on grimpe aux échelles, on saute par-dessus des rambardes, dans une ville du futur aux allures de cauchemar. Des tags, des bâtiments abandonnés, des clochards, ruelles sombres, des néons : les codes sont respectés.

Ça a changé, ShadowRun Hong Kong.

Dans la rue, je croise de nombreux passants que traversent l’écran sans prêter attention à ma démonstration de parkour. J’aimerais bien interagir avec eux mais ils semblent simplement faire partie du décor. Impossible de les frapper ou de leur parler. Cette rue qui fourmille de détails animés ne serait-elle qu’un trompe-l’œil ? Je retrouve l’élément qui semblait être interactif : un distributeur de capotes. Ok. Me voilà paré pour une éventuelle romance avec les clodos qui traînent. Étrangement, en voyant le décor, j’aurai plutôt pensé que j’aurais d’abord eu besoin d’armes ou de matériel informatique…

L’achat a débité une petite quantité de crédits : c’est l’heure d’aller consulter l’inventaire. On y accède par un menu à onglets qui permet de voir le journal de quêtes, la fiche de personnage très concise (aux compétences sans surprise : endurance, crochetage, charisme…), ainsi qu’à la carte d’Harbour Prime qui permet de voyager rapidement entre les quartiers déjà visités.

Je constate que l’achat d’une capote n’a pas ruiné mon budget, je rentre donc dans la première boutique que je croise, chez Hank, Guns & Ammo. Premier dialogue, première demande de mission au premier pékin qu’on croise, et premier contact avec l’interface de commerce qui fait le job.

Au fur et à mesure de ma balade dans cette ville en grande partie en ruines, je rencontre d’autres personnes qui ne me connaissent ni d’Ève ni d’Adam mais qui me demandent de l’aide. Sans doute mon look emo qui les met en confiance.

A force de me promener un peu n’importe où, j’arrive dans un endroit où Dex n’est pas la bienvenue. Lors de la séquence d’intro, on avait pu tester le système de combat, des séquences beat them all au feeling assez moyen pas aidé par le fait de n’avoir qu’un seul coup disponible. Pour varier les plaisirs et enchaîner les combos, il faudra dépenser des points dans la compétence combat à mains nues.

Sauf que lors de l’intro les ennemis n’étaient là que pour servir de punching ball. Les gros bras qui se jettent sur moi au pied d’immeubles effondrés sont d’un autre calibre ; malgré l’utilisation frénétique de la roulade, je me fais maraver la gueule et j’ai droit à mon premier Game Over.

Tabasser des mecs armés à l’ombre des miradors, vivement le futur.

Je ne vais pas me laisser faire par des punks sortis tout droit de Retour vers le Futur II, j’y retourne et cette fois je sors mon flingue. Problème : je ne peux me déplacer et tirer en même temps, je dois presser la touche pour enclencher le mode fusillade, tirer et si je bouge, je dois à nouveau l’activer… J’ai déjà vu plus fluide et maniable comme système. De plus les gars sont faits intégralement en kevlar : avec un chargeur, j’en ai à peine abattu un seul. J’essaie de fuir la zone, impossible : je suis en mode combat, les sorties sont interdites… Les autres viennent me finir au corps à corps…

Je viens d’expérimenter le système de sauvegarde au passage : chaque entrée dans une zone sauvegarde la partie. Si vous mourrez vous revenez à l’entrée de la dernière zone visitée et il faudra tout vous retaper. Pénible, surtout lorsque vous avez escaladé des trucs, ouvert des portes, latté quinze gus, pour crever lamentablement sur un saut raté. En 2015 on a quand même des exigences un peu plus élevées qu’un simple changement d’écran

Je prends plaisir à me promener dans la ville, mais les trop rares personnes à qui on peut causer sont souvent des vendeurs. J’ai quand même pris le temps d’aller coucher avec une prostituée, pour la curiosité et pour en savoir plus sur son implication dans une affaire. On n’est pas dans The Witcher, la scène se résume à un fondu au noir. Rassurons les intégristes de la Manif pour Tous, il est bien évidemment possible de se payer un gigolo. Ce serait dommage de gâcher les capotes ramassées tout à l’heure.

L’ambiance est clairement un point fort du titre. On est dans un univers cyberpunk, no future mais dans le futur, donc la morale laisse la place à la survie, quel qu’en soit le prix. Son propre corps est un moyen comme un autre de se faire du fric et le transformer est une solution rendue possible par la technologie. Les implants sont ainsi une option pour notre « runner » aux cheveux d’argent et c’est dans une clinique louche au fond d’une ruelle que l’on pourra se faire greffer différentes augmentations pour sauter plus haut, encaisser plus de dégâts, survivre à une atmosphère toxique…

La promenade nous emmène dans les bas-fonds de la ville pour nous ramener dans les hautes sphères, des bidonvilles aux rues modernes et aseptisées. La drogue circule partout, elle est à la base de plusieurs quêtes. Les thématiques sur la « pureté » du corps humain face aux possibilités de manipulation technologique et génétique, sur les ravages de l’ultralibéralisme et l’influence des gangs face à l’impuissance des autorités font partie intégrante de l’univers.

Apparemment le nouvel iPhone vient de sortir.

Les discours sur l’humanité augmentée, sur les corporations qui brevettent le vivant, sur le développement d’une IA pensante, sur le clonage sont intelligemment écrits (en anglais mais la localisation du texte progresse, la version française devrait être disponible sous peu) et rythment la quête principale qui manque malheureusement de liberté : les moments où vous aurez l’occasion de faire un choix décisif sont rares mais ils ont le mérite d’exister.

Visuellement c’est particulier, c’est mignon sans être vraiment beau, et les animations ne sont pas fantastiques voire même ratées pour certaines. Je retrouve un peu de mes sensations sur BAT2 sur lequel j’ai passé des heures, en 1993. Mention spéciale aux combats devant lesquels Street Fighter 2 (oui oui, la version Super Nes) n’aurait pas à rougir. Doublées en anglais, les voix des PNJ sont plutôt bonnes et l’ambiance sonore (et son soupçon années 80) est réussie (sauf lors des passages de hack) bien qu’un peu répétitive.Tout ceci a un charme suranné que je tolère assez facilement mais qui ne fonctionnera pas pour tout le monde.

Le principal problème de Dex est d’avoir réussi à créer un monde qui lui est propre, vivant et cohérent (et ce malgré le fait que le bureau du chef de la sécurité de la grande méchante corpo soit situé dans les chiottes) bien qu’assez classique, sans avoir assuré sur deux points essentiels : les combats et le hack.

Même après avoir débloqué de nouveaux coups au corps à corps, les combats sont loin d’être satisfaisants. Longs et lassants lorsqu’on rencontre un trop grand nombre d’ennemis à la fois, pénibles lorsqu’on essaie d’utiliser une arme à feu, on est content quand ça s’arrête. Ils sont malheureusement inévitables dans de nombreuses situations, l’infiltration n’étant pas particulièrement développée et nécessitant un implant spécifique.

Idée intéressante bien qu’intégrée à la truelle dans le scénario, on peut également « hacker » les adversaires. Presque logique lorsqu’on veut détruire une tourelle ou une caméra, moins lorsqu’on cherche à affaiblir un ennemi, cette option n’est toutefois que rarement utile sur ces derniers et surtout elle impose de se fader le « mini-jeu » de hack.

En 2D vue du dessus, on dirige un petit rond bizarre qui tire sur des espèces de vers (des virus ?…), des gros carrés moches et des canons pas plus jolis. C’est déroutant, désagréable, le son bug et surtout on nous l’impose à de très nombreuses reprises du début à la fin. Si j’apprécie l’idée (explorer un système informatique en éliminant les pare-feu, en fouillant un peu partout quitte à trouver des infos sans intérêt jusqu’à atteindre son objectif), la représentation est ratée, autant visuellement qu’au niveau du gameplay associé. Dommage. Heureusement que ces sessions sont courtes et qu’après un échec le hack reprend où vous en étiez.

Ne vous y fiez pas trop, certains passages sont bien planqués.

Jouer à Dex est un plaisir coupable, suivre les histoires à tiroir qui s’entremêlent entre plusieurs quêtes, résoudre certains cas de plusieurs manières différentes, chercher les accès cachés sur les balcons, dans les égouts, malgré ses défauts j’apprécie le moment. Je me suis laissé entraîner par notre bi-classée ninja-enquêtrice aux cheveux bleus au-delà d’Harbour Prime dans un questionnement sur l’humanité et une plongée à la source du no-futurisme.

La linéarité du scénario occasionne cependant de la frustration, un combat ou une phase de hack chiante et obligatoire vient trop souvent terminer une quête, mais dès que l’histoire reprend on replonge avec plaisir. A réserver à ceux qui sauront oublier ces moments délicats pour mieux apprécier l’histoire que l’ont vient nous conter, à travers l’attachante cyberpunkette qui aurait mérité d’être l’héroïne d’un jeu d’action / aventure où la partie action aurait été mieux traitée.

Revenir au sommaire