Neocolonialism – Le nouvel ordre inversé

Un jeu marxiste ? Où il faut exploiter le monde et en tirer le max sur un compte en Suisse ? Sur une carte du monde où sud et nord sont inversées ? J’en suis !

Le concept est simple : en tant que corporation multinationale, il faut acheter des votes dans les différentes régions du monde pour faire passer des décisions qui vont nous permettre de nous enrichir.

Construire des mines, des usines, établir des accords de libre-échange seront nos moyens d’action sur la richesse du pays et ainsi augmenter la valeur de nos votes. Plus la région est riche, plus ces votes coûtent cher, et surtout plus ils rapportent lorsqu’on en possède.

Au début de chaque tour, on reçoit un retour sur investissement qui correspond au tiers de la valeur du vote ; avec cette somme, on peut acheter de nouveaux votes. Mais on ne reçoit cet argent que si un premier ministre a été obtenu assez de voix, sous-entendu : si les possesseurs de votes se sont arrangés pour que l’un d’entre eux soit élu…

Chaque tour voit également une crise se produire dans une région, et le directeur du FMI (un joueur est nommé à tour de rôle) peut alors prendre une décision à l’effet immédiat (contrairement aux autres actions qui doivent être d’abord proposées puis ratifiées le tour suivant). Ces événements viennent bouleverser l’ordre établi, pouvant faire chuter la valeur des votes d’une région et entraînant ainsi l’arrivée de rapaces venant racheter des votes à bas prix, surtout quand l’intervention du FMI permet de remonter cette valeur et réussir une culbute intéressante…

C’est un jeu de guerre, une guerre économique qui se joue à qui aura le plus d’influence pour mieux s’en mettre plein les fouilles. La partie dure 12 tours, le dernier servant à vendre ses votes à la banque pour remplir son compte en Suisse, le vainqueur étant celui qui aura le mieux exploité le monde pour son profit personnel.

Un monde inversé où la domination économique est loi

L’IA ne semble pas trop savoir comment récupérer un max, malgré de nombreux achats pendant la partie, elle se retrouve invariablement derrière moi au classement… Ou alors je suis fait pour vampiriser la planète et je ne le savais pas. Épiphanie ou simple démonstration des limites de l’IA ? Je penche pour la deuxième solution…

Il faut donc voir comment se déroule une partie contre des joueurs humains, ce jeu me rappelant Diplomacy puisqu’il faut négocier pour les élections de premier ministre ; sans accord sur le sujet, les votes achetés ne rapportent rien et aucune action n’est possible. A moins de posséder une majorité de votes (10 votes sont disponibles par région, il en faut donc 6 pour être certain d’être élu et que chaque décision soit validée), l’accord des autres possesseurs de votes est indispensable, et il peut donc être nécessaire de voter pour un concurrent pour pouvoir encaisser de quoi acheter de nouveaux votes au prochain tour… Quitte à ce que ce concurrent prenne des décisions qui vont réduire à peau de chagrin vos investissements dans d’autres parties du globe.

On se retrouve donc à devoir jongler entre les rentrées d’argent, la construction de nouvelles industries, et surtout à chercher à profiter au mieux des crises que l’on verra comme on dit en chinois : des opportunités à saisir. Surtout si l’on est le directeur du FMI au bon moment et qu’on évite les hôtels…

Les parties durent une petite vingtaine de minutes contre l’IA mais je les imagine aisément doubler cette durée en cas de négociations serrées avec des joueurs humains. Si Subaltern Games demandait 10€ sur Steam pour Neocolonialism,à la sortie en 2014, il est aujourd’hui disponible à 3,99€

Ne comptez pas trop sur la possibilité de rejoindre une partie en cherchant dans le server browser, il est désespérément vide et il vous faudra amener vos propres amis, surtout ceux dont vous ne voulez plus vu comment les choses risquent de tourner. Techniquement très austère pour ne pas dire pauvre, l’interface n’est pas des plus accueillantes et il faut tout de même quelques minutes pour commencer à comprendre ce qu’il faut faire.

Mais son côté original, cynique, stratégique et plein de surprises en font une belle réussite malgré cette limite qui vient de son concept : un jeu apéro que l’on préférerait avoir en jeu de plateau pour pouvoir négocier en direct avec ses adversaires. La version informatique permet de simuler des joueurs gérés par l’IA, mais pour le reste tout pourrait se trouver sous forme d’un plateau de jeu et de cartes.

Trouver 2 – 3 joueurs pour tenter une partie assure de passer un moment agréable pour quiconque aime les challenges et la compétition économique. Pour moins cher qu’un kebab, si vous disposez d’amis disponibles et motivés, c’est un investissement que vous ne regretterez pas.

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