Alan Wake – Alice au pays des ténèbres

Auteur de polars à succès, ayant même droit aux invitations aux talk shows américains, Alan Wake part se ressourcer avec sa femme Alice dans un coin paumé au milieu des montagnes. Il était moyen chaud pour y aller au départ et rétrospectivement, il n’avait pas tort.

Déjà parce qu’il s’agit sans doute de l’endroit du monde où les jours durent le moins longtemps. En général, une petite demi-heure après le lever du jour, au lit tout le monde, c’est cauchemars pour tout le monde. Surtout que sa femme est achluophobe.

M’enfin à la base, c’est elle qui voulait y aller dans ce trou qui semble tout droit sorti d’un bouquin de Stephen King. C’est pas moi, c’est Alan qui le dit. Alors quand elle se retrouve victime de forces inexpliquées, j’ai envie de dire : bien fait pour ta gueule. Mais Al, lui, n’est pas mesquin et va tout faire pour la secourir.

J’avais ce jeu dans ma bibliothèque depuis près de trois ans suite au cadeau d’AliloH, mais je n’avais encore jamais pris sur moi de le lancer. L’annonce de la disparition du jeu de la vente pour des raisons de droits sur la musique m’a donné envie de voir ce qu’il avait à offrir. Je parle donc aux personnes le possédant sans l’avoir essayé. Pour ceux qui ont raté le coche, il ne vous reste que l’occasion ou l’illégalité pour l’essayer.

Toujours est-il qu’Alan Wake, développé par Remedy (déjà connu pour Max Payne 1 ou plus récemment Quantum Break), est un jeu d’action à la troisième personne ayant reçu un accueil très favorable à sa sortie en 2012. Servi par des graphismes de grande qualité et de doublages vocaux de qualité professionnelle, l’ambiance horrifique et le scénario fouillé ont visiblement ravi les utilisateurs Steam qui le gratifient d’évaluations très positives.

Mais en le lançant en 2017 et n’étant à la base pas particulièrement client des shooters à la troisième personne adaptés pour les consoles, je n’en attendais pas grand chose. Et globalement, le résultat est surprenant.

Le scénario est véritablement le gros point fort de l’expérience. Sans être génial ou même à la hauteur de certains classiques du genre, il est très bien intégré au jeu au travers des écrans de télé et autres émissions de radio disséminées le long du chemin. C’est clairement pour lui qu’on crapahute dans la forêt et qu’on se fait agresser sans relâche par les possédés.

Al se découvre assez rapidement dans le jeu des talents de tireur d’élite puisqu’il va falloir dégommer de l’écervelé ténébreux à tour de bras. Les quelques phases calmes servant à faire avancer l’histoire sont entrecoupées de longues séquences de gunfight avec un petit twist : avant d’abattre un ennemi, il faut le « purger » de sa noirceur en l’éclairant avec sa pauvre lampe torche.

Si l’idée est intéressante et permet l’utilisation d’armes adaptées comme des flashbangs ou des fusées de détresse, le level design souffre clairement de la saturation de combats. Les ennemis sortent de nulle part, précédés par un avertissement au ralenti, et c’est parti pour la baston. C’est sympa les premières fois, mais ces combats sont véritablement trop nombreux et rarement passionnants.

Parfois, l’apparition d’ennemis plus surprenant comme les tractopelles, les moissonneuses ou les oiseaux permettent de varier les plaisirs, mais globalement les affrontements sont imposés et pénibles quand il faut s’en cogner plusieurs d’affilée.

La lumière est un élément central du jeu, en plus de rendre les ennemis mortels, elle soigne notre romancier bi-classé as de la gâchette. Elle balise souvent le chemin à suivre et finalement l’obscurité n’est pas réellement flippante. Elle indique de façon ostentatoire le danger mais si c’est bien une histoire d’horreur que l’on nous raconte, le jeu n’est pas particulièrement effrayant.

La faute à trop d’indices, de trucs qui clignotent et la relative normalité des ennemis. Ce ne sont pas des zombies à l’apparence malsaine mais bien des humains particulièrement agressifs et photosensibles. Cela diminue d’autant le côté film d’horreur, ce qui m’a permis d’y jouer la nuit.

Le plus angoissant, ce sont bien ces cut-scenes où l’origine malsaine des ténèbres se dévoile peu à peu ou ces écrans de télé qui montrent Al en pleine crise d’inspiration. La réalisation est particulièrement soignée et malgré une légère rigidité dans les animations, l’ensemble donne envie de découvrir le mot « fin » de l’histoire.

La maniabilité semble clairement pensée pour manette de console mais le combo clavier+souris s’en sort tout à fait honorablement. Les armes sont en nombre assez réduit mais n’ont pas une réelle différence d’utilisation, seul varie le nombre de balles nécessaires pour éliminer un possédé.

Scripté comme c’est pas permis, linéaire à l’extrême, ce ne sont pas les phases d’action qui constituent le point fort du titre mais l’ambiance. Les décors sont particulièrement réussis et si on peut s’étonner que personne n’ait appelé l’armée ou déclenché de frappe nucléaire dans le coin vu le merdier, la vallée parcourue propose un environnement crédible et bien pensé.

Les personnages que rencontre Alan sont caricaturaux au possible mais disposent tout de même d’un minimum de substance ce qui permet d’éviter quelques écueils spécifiques aux nanars. Barry en particulier vous exaspèrera rapidement avec ses airs de Joe Pesci du pauvre mais on finit par s’y attacher.

La fin n’apporte qu’une réponse énigmatique, ce qui est un brin décevant mais reste dans l’esprit général et les ténèbres mystérieuses restent le personnage principal de l’aventure. Parfois longuet et répétitif, il sort du lot par sa narration cinématographique de qualité et l’univers dans lequel se déroule l’action.

En s’épargnant certaines bastons, en approfondissant les personnages et en proposant des gunfights plus satisfaisants, il pourrait clairement être un jeu terriblement bon. Il se contente d’être un jeu correct au service d’une ambiance envoutante bien que parfois convenue. Il souffre de son côté calibré pour le grand public, se contentant d’une horreur de surface et n’allant pas creuser dans des tortures psychologiques à la Stephen King.

Si vous survivez au phases d’action pas toujours inspirées, vous embarquerez pour une histoire intéressante agrémentée de quelques passages de qualité, distillés un peu trop rarement. Sans être un must, il mériterait d’être amputé de deux ou trois heures pour moins diluer ses réussites au milieu d’un gameplay somme toute banal.

PS : La suite, Alan Wake’s American Nightmare, semble plus orienté combats, ce qui m’a clairement refroidi alors que celui-ci est toujours disponible à la vente.

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