Alien: Isolation – Pas si seule que ça…

Il faisait lourd, épais, moite. Quand les températures s’envolent, quand le ventilo ne sert qu’à brasser de l’air chaud et que les voisins combattent le climat à coups d’apéros tardifs et festifs, on cherche à s’isoler de cet environnement hostile. Quoi de mieux que s’octroyer des sueurs froides pour tenter de se rafraîchir ?

Alien: Isolation s’insère dans la saga entre le premier film et le second. Le Nostromo a été repéré et sa boîte noire récupérée sur la station Sebastopol. Amanda, la fille d’Ellen Ripley arrive sur place pour tenter d’obtenir des réponses sur la disparition de sa mère, quinze ans plus tôt. Autant vous dire qu’elle va vite comprendre pourquoi ça s’est mal passé.

Première rencontre…

Dès le lancement, on est mis dans l’ambiance : l’amarrage part en vrille, Amanda se retrouve isolée de l’équipage et tombe dans une station en état de siège. Les survivants sont sur les dents, les morts jonchent les couloirs et les trois quarts des systèmes sont défectueux. Il va falloir se frayer un chemin dans un environnement hostile pour rejoindre ses collègues.

Dans cette station immense, traversée par de nombreux trains qui en relient les différentes parties, la technologie est contemporaine au Nostromo. De gros écrans monochromes qui crachent, le détecteur de mouvement qui fait bip bip, des loupiotes et des gros boutons partout, bienvenue dans les années 70. Cela donne une atmosphère crédible, cohérente avec l’époque et rafraichissante, dans la prolifération actuelle de jeux à l’ambiance futuriste aseptisée.

Les punks de Sebastopol.

Rien ne se passe comme prévu. Chaque plan, chaque action n’obtient jamais l’effet escompté et de nouvelles péripéties viennent compliquer une mission déjà impossible. Les ennemis et en premier lieu le fameux xénomorphe sont impitoyables et la seule réponse restera de les fuir durant une bonne majorité du jeu. Les quelques armes que vous trouverez n’auront qu’une efficacité très limitée et surtout attireront plus d’emmerdes qu’elles n’en résolvent.

L’Alien est une belle saloperie. Elle se promène nonchalamment dans les couloirs, cherchant des trucs à tuer, bavant dans les conduits d’aération et reniflant les placards où on tente de se planquer. Oui, elle, j’ai décidé lorsque je l’ai rencontrée la première fois que c’était une femelle. Ce n’est pas l’absence de trilili mais bien son attitude et son regard qui m’ont influencé.

Quels déconneurs quand même.

D’une manière générale, lorsqu’elle vous a repéré, il vous reste deux secondes à vivre. Seul le feu saura vous accorder quelques secondes de répit, à mettre à profit pour courir à l’abri. Au moindre bruit ou mouvement suspect, elle viendra inspecter le coin pendant d’interminables secondes avant de repartir… vous attendre derrière la porte. Ou faire le tour pour revenir dans votre dos. Ou tomber du plafond juste devant vous.

Vicieuse, intelligente, ou juste cheatée ? Souris et clavier en main, on s’interroge, mais quelques ficelles apparaissent parfois : ces rares moments où au lieu de vous ouvrir en deux, de pondre dans votre bide et de disparaitre au petit matin sans même ramener les croissants, elle se contente de s’approcher suffisamment lentement pour laisser au script salvateur le temps de se déclencher.

Lui, il allait forcément finir comme ça…

Les androïdes sont un peu moins ingérables, on peut même les buter si on tape suffisamment fort et longtemps, mais ils restent des menaces importantes surtout qu’ils se promènent souvent à plusieurs. Mais un des principaux protagonistes du jeu reste la station elle-même. On passe de secteur en secteur, on fouille, on tombe sur des passages bloqués que l’on déverrouillera quelques heures plus tard avec l’équipement adéquat… Bien que l’ensemble manque de variété visuelle, on a vraiment l’impression d’être dans un environnement cohérent.

Le jeu souffre d’une certaine lourdeur dans les contrôles, comme ces QTE répétitifs, ces placards où il faut maintenir E pendant quelques instants pour s’y réfugier ou l’inventaire sous forme de roue pas toujours ergonomique. Ces petites contrariétés de gameplay ne viennent cependant pas gâcher totalement la grande force du titre : l’ambiance.

Ça me rappelle vaguement quelque chose…

Si visuellement c’est très correct, ce qui fonctionne parfaitement, c’est l’oppressante sensation de flippe permanente. Un simple bruit dans un couloir, une porte qui s’ouvre au loin, les pas de l’Alien dans les conduits au-dessus de ma tête… On est jamais en sécurité, que ce soit dans la pénombre ou dans la lumière, l’absence de son peut être bien plus inquiétant qu’un androïde qui répète en boucle ses phrases pré-enregistrées et le moindre changement de lumière fait sursauter.

Sans jump scare (ou très peu) ni abondance de gore, Alien: Isolation respecte l’univers original et les partis pris du premier film. L’horreur est psychologique, accompagnée par les commentaires et cris d’Amanda, biens loin des gémissements d’adolescentes d’une certaine Lara. Les corps s’entassent, la station tombe en morceaux et les rares survivants ne le restent pas longtemps.

Le système de sauvegarde sur des bornes installées dans des endroits prédéfinis n’est pas parfait ; si on en croise un peu partout, certains lieux nécessitent d’esquiver l’Alien pendant de longues minutes avant de pouvoir valider sa progression, incluant des QTE et des ordinateurs à consulter pour récupérer des codes d’accès. La moindre erreur lors de ces passages est sanctionnée par un retour en arrière d’un quart d’heure qui peut démotiver alors que d’autres niveaux sont bien plus permissifs et mieux dotés en points de sauvegarde.

Une petite balade en extérieur, histoire de prendre le frais.

Le scénario tente de toujours garder un objectif, une lueur d’espoir, pour mieux l’éteindre dans la minute qui suit. On est pas là pour rigoler mais il sait nous tenir en haleine, nous offrant à intervalles réguliers de nouveaux jouets (flingue, cocktails Molotov, lance-flammes…) et équipements qui nous permettent de progresser dans des endroits jusqu’ici inaccessibles. Pour les francophones intégristes, j’ai essayé d’y jouer en français ; si la traduction et les voix sont correctes, j’ai tout de même changé pour la version originale pour profiter de l’ambiance sonore d’une qualité sensiblement supérieure.

SEGA et Creative Assembly ont accouché d’un jeu éprouvant nerveusement, à l’ambiance d’une grande qualité tournant autour d’une menace permanente et bien plus forte que le joueur pour proposer une aventure d’une vingtaine d’heures que je recommande chaudement pour peu que vous ne soyez pas allergique au stress. Disponible sur Steam, déjà passé dans un Humble Monthly et à moins de 8€ lors de différentes promos, ce FPS d’infiltration ne vous laissera pas indemne.

Retour au sommaire

Publicités