Moebius: Empire Rising – Un ruban qui n’adhère pas

Quand Jane Jensen, maman (entre autres) de la série de point&clicks Gabriel Knight se remet à faire des jeux, cela donne Gray Matter, Cognition ou Moebius. C’est le dernier qui nous intéresse dans cet article, déjà parce que je l’ai fini, contrairement aux deux autres, ensuite parce que c’est pour celui-ci qu’un Kickstarter a été lancé en 2012.

Ce que l’on peut espérer, vu le passif de la personne, c’est une histoire mêlant ésotérisme, aventure et enquête. Sur ce point, on est pas déçu. C’est sur le reste que ça se gâte. Le personnage principal, Malachi, est arrogant, doué au delà du raisonnable mais antipathique. Il pourra s’adoucir par la suite mais il reste particulièrement désagréable.

En plein New York, les plaques allemandes sont courantes.

Mais pourquoi pas, on est pas obligé de jouer Oui-Oui. Les autres protagonistes sont un peu plus souriants mais tout aussi caricaturaux, entre la secrétaire amoureuse de son boss, l’ancien militaire loyal bon ou le riche directeur d’une agence gouvernementale secrète qui fait des coups de pute.

Techniquement, Moebius ressemble à une pièce tombée sur la tranche. Ni beau ni complètement moche, il est surtout dérangeant. Les décors sont tout à fait tolérables mais l’animation des personnages est complètement foirée. Si l’idée de faire des modèles en 3D est intéressante, ils se meuvent comme des mecs bourrés avec un balai dans le cul. On dirait qu’ils vont tomber à chaque pas tout en gardant le torse bien droit. Malaise.

Ah, on dirait qu’il vient de se sortir le balai.

Mais on est dans un point&click, intéressons-nous au scénario et au gameplay. Envoyé trouver le lien entre une italienne assassinée et des femmes célèbres de l’histoire, Malachi doit trouver des indices pour ensuite faire un choix entre différentes personnalités au parcours semblable. Parce que le nom de Moebius n’est pas un hasard : la théorie du Ruban de Moebius envisage l’histoire comme un éternel recommencement et par conséquent, des archétypes au destin exceptionnel se répètent à travers les âges.

« C’est donc tout naturellement que vous êtes devenu un sociopathe arrogant qui se fait tabasser plusieurs fois dans le jeu. Pas de bol, hein ? »

Cela semble complètement tiré par les cheveux et honnêtement, ce n’est pas très engageant. Imaginer que parce que comme tel personnage célèbre, on a eu des parents comme ci, une éducation comme ça, le même nombre de gosses ou un mariage d’intérêt, on doit donc avoir un destin similaire… En terme de gameplay, cela donne pourtant des puzzles pas inintéressants.

Toi aussi, joue à Qui est-ce !

La recherche d’informations est un peu grossière avec ses nombreux « parlez-moi de vous, de votre enfance, de votre famille » à des gens qu’on vient à peine de rencontrer ou ces déterminations de personnalité en fonction de l’apparence qu’il est impossible de rater (on vous fait recommencer jusqu’à ce que la combinaison soit correcte, ce qui implique que le personnage connait déjà la bonne réponse et flingue un peu l’intérêt du truc). Les dialogues manquent de crédibilité parce qu’on sait déjà qu’ils ne sont bons qu’à donner des indices, pas réellement à introduire les personnages.

Bilan mitigé donc pour l’intégration du scénario dans le gameplay, comme pour l’inverse d’ailleurs. Le moteur souffre également de lourdeurs ou d’éléments interactifs pas toujours évidents. Ce n’est pas le pire que j’ai expérimenté mais vu l’expérience de Jane dans le domaine, j’avoue que j’espérais mieux.

« Ouais, on a fait un jeu adulte, t’as vu »

Le coeur des point&clicks réside souvent dans l’interaction avec l’environnement et les objets. Là-dessus, on se trouve face à un jeu très classique, des objets à ramasser, à utiliser, à combiner, avec les défauts classiques également. Quelques actions improbables, quelques logiques bancales, rien de révolutionnaire et surtout de réellement marquant.

Les incohérences se font d’autant plus remarquer, du coup. Lorsque Malachi rencontre Walker, il repartent dans des directions opposées mais se retrouvent dans la même ville en même temps. Parce que fuck la logique, je suppose. Fait assez rare, on peut suivre et même encourager une bromance entre ces deux personnages.

Ils sont mignons.

On se retrouve avec une fin prévisible et qui laisse toute la place nécessaire à une suite qui n’est pour l’instant pas d’actualité, vu comment Moebius a été accueilli. Il s’est donc retrouvé bradé et en bundle plusieurs fois depuis sa sortie en 2014. La durée de vie n’est pas ridicule puisqu’il m’aura fallu un peu moins de 10h pour en venir à bout mais le tout me laisse un goût de gros mouais dans la bouche.

Les quelques idées que contient ce titre de Phoenix Online (également responsables de Cognition et du remake de Gabriel Knight, donc, mais aussi éditeurs de The Last Door et d’autres point&clicks) ne suffisent pas à rattraper une technique bancale, un scénario déroutant (et pas dans le bon sens du terme) et des personnages peu attachants. Si vous êtes vraiment en manque de point&click et que vous tombez dessus en promo massive ou si un de vos amis dispose d’un reste de bundle, vous pouvez éventuellement tenter le coup. Mais les 15€ demandés sur Steam me semblent excessifs pour un contenu général très moyen, surtout qu’il existe de bien meilleurs titres dans le genre.

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