Outland – Chromamorphisme inattendu

Déjà je ne suis pas un grand amateur de jeux de plateforme ; quand en plus ils combinent des éléments de bullet hell et des passages orientés puzzle, je les fuis directement. Sauf que là, bon. J’ai été faible. Outland a été proposé gratuitement sur Steam en juin 2017 et je l’ai installé. Comme si mon backlog ne débordait pas de toutes parts, oubliant que si j’avais du payer je ne l’aurais jamais ajouté à ma bibliothèque et que s’il avait fait partie d’un bundle je l’aurais probablement offert.

Mais je me suis retrouvé devant le fait accompli. J’aurais pu le supprimer de mon compte, faire comme si rien de tout cela n’était arrivé.

J’aurais eu tort.

Développé en 2011, ce titre d’Housemarque (studio finlandais également auteur de Nex Machina sorti cette année sur Steam, de différents shmups sur console, et pour les plus nostalgiques, de Supreme Snowboarding en 1999) a fait un choix visuel fort.

Le rendu graphique se passe de commentaire.

Basé sur deux couleurs dominantes, ce platformer en 2D est particulièrement réussi avec ses graphismes simples qui savent créer une ambiance. L’histoire qu’il souhaite nous raconter est celle d’une guerre entre le chaos et l’ordre, de mythes fondateurs et d’un héros envoyé sauver le monde. Que du classique, et si je ne remets pas en cause la qualité de l’écriture, j’avoue qu’elle ne m’a pas marqué.

Au lieu de ça, c’est surtout la foultitude d’idées qui m’a poussé à me plonger plus profondément dans ces décors variés, à découvrir de nouveaux challenges, à maitriser de nouveaux pouvoirs. Aucune ne m’a paru novatrice, mais elles sont réellement bien implémentées et distillées avec un véritable sens du rythme. Pas celui du dancefloor, celui d’une réelle progression maîtrisée qui va de pair avec une difficulté de plus en plus velue.

C’est moi ou il a quelque chose à compenser ?

On joue donc un guerrier qui va, armé d’une épée, se frayer un chemin jusqu’aux gardiens, ces boss qui une fois vaincus nous octroient une nouvelle capacité. Les premiers combats sont là pour nous apprendre les différents coups dont on dispose, leur timing, les enchainements et leur portée. Ils se maitrisent assez rapidement, même au clavier, même pour quelqu’un de peu habitué au genre.

La prise en main est donc agréable et gratifiante, on ne se plante pas par la faute de commandes mal foutues. L’arrivée de ces nouvelles possibilités complexifie le tout, mais j’ai fait l’acquisition d’une manette et c’est équipé de l’outil adapté que j’ai pu progresser dans le jeu.

On peut donc rapidement défoncer certains sols pour accéder à des zones auparavant inaccessibles, balancer des rayons d’énergie ou concentrer les boulettes qui ne tardent pas à remplir l’écran pour contre-attaquer. Mais ce qui consacre réellement l’intérêt du gameplay, c’est lorsque l’on débloque le pouvoir de changer de couleur.

Encore un combat vertigineux dans une ambiance travaillée.

Les ennemis bleus ne peuvent alors uniquement être blessés si l’on arbore la couleur rouge et inversement. Quant aux boulettes, elles ne provoquent pas de dégâts au personnage s’il est de la même couleur. Résultat, il faut jouer au chromamorphe, parfois en plein combat, souvent en plein saut, pour progresser dans les niveaux.

Entre les combats, les nombreux ennemis différents, les murs de boulettes à traverser, les plateformes qui ne s’activent qu’en fonction de la couleur active et les boss au pattern retors, Outland fait pratiquement un sans faute. Pas de sauvegarde possible mais des checkpoints placés judicieusement, une difficulté savamment étudiée, punitif mais jamais injuste, j’ai joué sans frustration ni ennui durant la dizaine d’heures qu’il m’a fallu pour en venir à bout.

Un passage typique : des plateformes, des pièges et des amphores à casser.

Tout juste m’a-t-il fallu déployer des trésors de précision pour terminer le dernier boss, particulièrement long et exigeant ; il vient en point d’orgue d’une expérience très satisfaisante qui pousse à faire preuve à la fois de skill et de réflexion tout en autorisant un minimum de droit à l’erreur, et le joueur modeste que je suis l’en remercie.

Avec son identité graphique qui fait partie intégrante du gameplay, sa bande son qui mêle le tribal à l’épique (sans atteindre des sommets non plus) et sa capacité à se renouveler, Outland est un jeu parfaitement équilibré qui saura séduire les amateurs de travail bien fait.

Régulièrement soldé à moins de 2€ (pour un tarif normal de 10€ sur Steam), jamais passé en bundle, si vous cherchez un plateformer sans prétention mais qui sait où il va, je vous recommande de vous pencher sur son cas ; en reposant ma manette après avoir enfin réussi à vaincre un boss de fin éreintant, je me suis dit que j’aurais pu continuer ma vie de gamer sans l’avoir expérimenté mais il m’a clairement réconcilié avec le genre. Rien que pour ça, cela valait le coup et je n’aurais pas regretté d’avoir donné quelques euros à Housemarque en échange.

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