Frozen Synapse Prime – Pyjamas Tactiques

Frozen Synapse est un petit jeu indé du studio Mode 7 qui a fait sensation à sa sortie en 2011. Quelques années plus tard, c’est Double Eleven, spécialisé dans le portage sur console qui revient avec le même jeu enrichi aux graphismes. Ayant à peine mis les mains sur la version « originale », je ne vais donc pas vraiment pouvoir comparer les deux versions mais bien m’intéresser à ce Prime.

Frozen Synapse Prime est un jeu de stratégie en tour par tour, ce qui n’a rien d’original. Mais lorsque la résolution des tours est simultanée, ça commence à devenir plus subtil. Il ne suffit plus d’attendre son tour pour voir comment profiter du positionnement adverse : il va falloir anticiper les actions des ennemis pour mieux les contrer.

Pas de points d’action ici, les tours sont divisés en périodes de 5 secondes durant lesquelles les personnages bougent, attendent, s’accroupissent, tirent et meurent. Tout enchainement d’actions qui prendrait plus de temps sera figé et pourra être repris ou modifié au tour suivant. Mais durant ces 5 secondes, c’est l’incertitude totale, aucun moyen de changer une trajectoire, un lancer de grenade ou de viser à gauche plutôt qu’à droite.

Dans la gueule du loup dès le premier tour.

Les règles sont les mêmes qu’au paintball : la moindre blessure entraine l’élimination. Il va falloir jouer avec les temps de réaction, la portée des armes, la zone d’effet des explosions et parfois le nombre de tours restants pour atteindre ses objectifs. On fait ses choix, on teste en simulant le résultat différentes conclusions possibles avant de valider son tour. On observe ensuite impuissant aux conséquences de ses décisions et on subit les killcams répétitives avant de recalculer son plan de bataille pour le prochain tour.

Intelligent, bien pensé, ce concept sera repris par TASTEE Lethal Tactics dont je parlerais peut-être un jour. Il oblige à avoir une bonne vision d’ensemble et à prendre en compte toutes les possibilités tactiques. Dans Frozen Cortex ce système est utilisé dans un simili-Blood Bowl où il permet des feintes et des interceptions violentes. Ici, il servira au massacre et à la destruction.

FSP nous raconte une histoire pour justifier l’enchainement de tableaux prédisposés. Pas de mise en place à la carte ni de choix des armes, les niveaux sont pensés comme des énigmes aux multiples solutions gagnantes. Mais celles menant à l’humiliation sont encore plus nombreuses…

Faites le ménage au lance-roquettes, ça met de la couleur.

Précision importante qui signifie qu’ici on essaiera plutôt de trouver une réponse au problème posé que de réellement mettre en place des tactiques définies. Charge au scénario de nous faire avaler la pilule en nous expliquant pourquoi on tue des gens.

Enfin des gens, des espèces d’humanoïdes en pyjama du futur qui indique gentiment par sa couleur s’ils sont des ennemis, des alliés, de futures victimes collatérales ou nos troupes. Heureusement que personne ne s’amuse à changer de couleur sans prévenir pour ne pas perturber l’adversaire. Total fair-play.

C’est déjà un progrès par rapport à Frozen Synapse premier du nom qui n’affiche que des petits carrés lumineux. Malgré tout, l’ensemble a un ton entre le grisâtre et le clinique à peine égayé par de discrètes touches colorées à mesure que fleurissent les cadavres et les taches de sang. C’est bien réalisé mais de petits jeux indés en pixel-art font des trucs plus jolis à regarder.

Extrait d’une killcam qui vous fait revivre la mort de vos soldats sous un autre angle.

J’en profite pour évoquer les sons et la musique : globalement oubliables. Après un petit tour sur Youtube pour écouter l’OST de la version de Mode 7, j’ai l’impression que cette dernière était bien meilleure. La voix féminine qui valide la fin de tour m’a aussi rapidement exaspéré, c’est donc avec le son coupé que je continue à jouer. Je mets les Anges de la Téléréalité en fond sonore pour contrebalancer l’effort intellectuel à fournir mais cette méthode ne conviendra pas à tout le monde. Je vous aurai prévenu.

Avant de finir épinglés en déco, les petits soldats équipés d’un balai dans le cul (vu leur démarche naturelle et détendue) sont identiques ; seule leur armement permet de les différencier. Pas question de personnaliser les armes ou même d’en changer en cours de mission, on en a déjà parlé, on est là pour finir le niveau tel qu’il a été prévu.

N’espérez pas non plus de gains d’xp ou autre subtilité, le seul avantage qui vous pourrez espérer avoir sur l’ennemi découlera de vos décisions sur le terrain. Un mal pour un bien en quelque sorte, pas de grind, pas de micro transactions pour des armes décorées ou autres fléaux du jeu vidéo.

Il y a quelques paragraphes, j’évoquais l’histoire que nous raconte Frozen Synapse pour enrober les missions de baston. Elle est cryptique, concerne plusieurs factions qui parfois s’aident, parfois font la bagarre, avec des civils au milieu que l’I.A., seul interlocuteur à peu près bien écrit, s’évertue à considérer comme des cibles et non des victimes collatérales. La traduction française est tout à fait correcte, c’est déjà ça.

Ah oui, c’est vrai, il y a un scénario…

On est pas en présence d’un système de dialogue : on assiste muet aux échanges entre différentes personnes aux noms du futur. Au bout de quelques phrases, on nous dit gentiment d’aller tuer tous les ennemis et la mission commence. Difficile de s’intéresser à l’histoire d’autant qu’il est possible au début de jouer certaines séries de missions dans l’ordre que l’on veut, ce qui aurait pu être une qualité mais s’avère un mauvais choix pour la clarté de la narration.

On perd donc facilement le fil et on se contente de découvrir la nouvelle map en passant au plus vite le briefing. Seules les réflexions de l’I.A. donnent parfois envie d’avoir suivi le début, de regarder un let’s play pour pouvoir les relire mais la perspective de se retaper une dizaine de missions décourage vite.

Un jeu de ce genre a un potentiel énorme en multijoueur, que ce soit en direct ou par  mais il est malheureusement difficile à l’heure actuelle de trouver des parties. Pourtant avec ses nombreux modes de jeu allant de l’extermination au capture the flag et quelques réglages de positionnement de départ, il propose un peu plus de contrôle que la campagne solo. Il vaut mieux cependant s’organiser ses propres tournois avec ses amis plutôt que de compter sur le lobby si on espère jouer régulièrement.

Si si, je vous jure, parfois il est drôle…

Frozen Synapse Prime séduit facilement le tacticien qui sommeille en moi. Je peux planifier ma stratégie, sûr de moi, prêt à assister au massacre des pyjamas rouges, puis me retrouver un tour plus tard à me creuser la tête en me demandant comment rattraper le coup. Le challenge se corse au fur et à mesure des missions, de nouvelles armes apparaissent, de nouveaux objectifs aussi. L’envie de réussir les puzzles pour mieux relever le prochain défi est ma principale motivation pour lancer le jeu.

Merci donc Harvester pour m’avoir offert cette expérience que j’apprécie par petites sessions d’une ou deux missions à la fois. Pour les amateurs de tactique pointue et de plans qui se déroulent sans accroc, ce relooking est sans aucun doute un bon choix qui ne devrait pas les décevoir. Si c’est votre cas et que vous aviez laissé l’original de côté pour cause de graphismes limités, vous n’avez plus d’excuse.

Par contre si vous avez déjà retourné la première version, celle-ci ne vous apportera rien de plus en terme de gameplay et les vétérans se plaignent de l’interface moins agréable et plus adaptée aux consoles de ce Prime (même si je n’ai personnellement pas eu de problème majeur avec). Vendues au même prix de 23€, ce n’est pas sur ce critère que vous pourrez faire votre choix.

La seule chose que je peux vous conseiller, c’est d’acheter la version de Mode 7 ; en tant que créateurs du concept, il me semble plus légitime de leur filer du pognon. Dans tous les cas, je vous invite à découvrir Frozen Synapse. Avec Prime ou sans pyjama, c’est à vous de voir.

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