Oxenfree – Stranger Island

Je n’ai pas eu de véritable préparation. Je n’ai pas vu d’images, de vidéo, lu de retours me disant « va, va, vole les yeux fermés vers Edwards Island! ». Tout juste ai-je pu constater qu’un engouement certain accompagnait la sortie d’Oxenfree. J’ai décidé de rester vierge de toute information avant de lancer ce jeu grâce à Chiff (merci encore!).

Menu minimaliste, style épuré et mystérieux, ambiance sonore travaillée, rien que lancer une nouvelle partie donne le ton. Sans intro grandiloquente ou de générique à rallonge, me voilà embarqué dans l’aventure dans les baskets d’Alex.

Dans le petit bateau qui nous emmène vers Edwards Island, on rencontre cette jeune fille qui a visiblement confondu son shampooing et du bleu de méthylène. A bord se trouvent son meilleur pote qui semble sous cocaïne dès son premier dialogue et son nouveau beau-frère, qu’elle connaît à peine.

Alex et Jonas en touristes.

Tout ce petit monde a prévu de faire la teuf sur la plage en mode hippie, feu de camp, bières et spacecake. Les premiers instants sont l’occasion de se familiariser avec les touches, rapidement assimilées. On agit au clavier, on choisit ses dialogues à la souris, à peine descendue du bateau on maîtrise déjà l’essentiel.

Le décor se plante petit à petit, les discussions font vite ressortir les rôles de chaque personnage (le comique, le nouveau, la connasse…), nos choix entrainent différentes séquences de dialogue, jusqu’au moment où… tout change. L’ambiance légère disparaît, la peur des personnages est palpable, le malaise face à l’inconnu et l’incompréhensible, le danger invisible mais qui semble nous attendre à chaque embranchement…

Armée d’une radio aux effets inattendus, Alex va devoir explorer l’île pour comprendre et aller au bout de cette histoire. Les longs crapahutages entre les différents lieux sont agrémentés de courts passages de jeu de plateforme et servent principalement à caser les dialogues entre les personnages. Je me suis souvent arrêté pour permettre à la conversation d’aller à son terme pour ne pas déclencher la suite de l’histoire trop tôt. Bien choisir mes réponses malgré le temps limité accordé pour le faire est la principale difficulté que j’ai rencontrée.

On sait ce qu’est devenu le tigre de Frosties.

Car non seulement ces interactions sont bien écrites, bien doublées et intéressantes, mais en plus elles ont de réelles conséquences sur la suite de l’aventure. Rien de réellement décisif mais cela remplit le jeu de différents rappels à ce qui s’est produit plus tôt et le comportement des personnages envers Alex évolue en fonction de ces choix.

Lorsque la peur et la tragédie vient s’ajouter à l’incompréhensible, Oxenfree perd son côté mignon et enchanteur pour montrer qu’il a bien plus dans le ventre que des embrouilles et amourettes de lycéens. Le rapport au jeu passe de la sympathique promenade au dérangeant et le passé de l’île ressurgira pour devenir un personnage à part entière.

Observé, sujets aux hallucinations et aux pertes de mémoire, le petit groupe passera une nuit agitée qui laissera des séquelles sur le futur comme sur le passé. Vos décisions auront même un léger impact sur les parties de vos amis Steam. Cette petite idée très simplement implantée, même si elle fait brièvement sortir de l’ambiance pour nous rappeler qu’on est dans un jeu, est intelligemment intégrée à l’histoire.

Le sens des priorités, toujours.

J’ai retrouvé des éléments qui ont fait le succès des films d’aventure des années 80 et avoir regardé Stranger Things vient renforcer cette impression. Livrés à eux-mêmes, perdus, des phénomènes étranges, des conflits, des amitiés… Les personnages sont certes plus âgés mais leur quête nocturne se réapproprie les codes et l’ambiance de ces œuvres marquantes pour la génération dont je fais partie.

Oxenfree n’est pas très long mais remplit son objectif avec son gameplay simple et parfaitement adapté à sa narration très réussie. L’aventure semble linéaire mais l’histoire que vivront Alex, Jonas, Ren, Nona et Clarissa sera sujette à de multiples variations en fonction de vos choix. Il est rare qu’un jeu me donne envie d’y retourner pour tester différentes voies, celui-ci a su me motiver. Pas dans le but de valider les succès mais bien pour profiter de l’écriture.

Si l’on excepte certains trajets un brin longuets et autres (rares) allers-retours pénibles, il s’agit sans doute de l’expérience la moins frustrante et la plus envoûtante que j’ai connue depuis longtemps. Pour peu que vous compreniez correctement l’anglais et que vous n’ayez pas besoin de tuer des trucs pour apprécier un jeu, je vous invite fortement à prendre quatre heures de voyage sur Edwards Islands en compagnie de ses habitants mystérieux.

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