Quand le visual novel remet sa culotte

Les visual novels, habituellement, j’y fous le feu avant qu’ils aient eu le temps de pousser leur premier vagissement. Le meilleur moyen pour qu’il ne se reproduisent pas, c’est encore de les empêcher d’atteindre l’âge adulte.

Sauf qu’à force de voir des navets cul-culs qui culminent à trois décors et quatre personnages par paquet de douze (sans même évoquer ceux dont le scénario se résume à enfoncer des navets dans les cul-culs des quatre personnages dans trois décors différents), d’autres personnes se sont dit que le format pouvait avoir un intérêt. Des gens avec du talent ou au moins une histoire à raconter.


The Shadow That Runs Alongside Our Car

Derrière ce titre à rallonge se cache le trajet en voiture de deux personnes dans un monde désespéré. Très court, aux effets sonores très discrets et à la musique… surprenante, il propose plusieurs fins allant du tragique à l’espoir. Les graphismes se résument à quelques jolis plans recyclés mais ils suffisent à faire passer le message. En quinze minutes, il parvient à être plus intéressant que la plupart des VN que j’ai essayé.

Jeu développé par Lox Rain.

Unmanned

Celui-ci sort du cadre du VN classique, habituellement conçu autour de dessins soignés (qu’au moins l’enrobage soit propre même s’il n’y a rien à mettre dedans). Unmanned fait le choix du pixel-art un peu grossier mais aborde un sujet bien actuel. Dans la peau d’un militaire pilote de drone de combat, on découvre sa vie, ses soucis avec son fils, ses relations avec ses collègues, les questions morales liées à son boulot ou encore la distanciation imposée avec le réel due à la nature de son arme.

J’avoue, je triche un peu, le gameplay de Unmanned est plein de mini-jeux et ne se contente pas d’aligner du texte comme un VN classique. Surprenant, sans jamais être invasif ou lourdingue, il est également très court puisqu’il ne dure qu’une journée de travail. Du travail sérieux sur un sujet qui ne l’est pas moins, un jeu qui n’a besoin de long discours pour s’exprimer beaucoup.

Créé par Molleindustria, auteurs de beaucoup de petits jeux et dont l’ensemble de l’œuvre mériterait un coup d’œil plus approfondi.

Date (Almost) Anything

Dans la foulée des précédents, j’étais sûr de tomber précisément sur ce que je dénonce en début d’article avec Date Almost Anything. Ça commence comme prévu avec ce personnage de fifille qui commence comme serveuse dans un bar et qui doit (comme dans VA-11 Hall-A) composer des cafés avec la bonne dose de crème ou de chocolat. Puis vient la rencontre avec d’autres personnages, des interactions limitées et très vite, le twist arrive. Il dure longtemps, il est un peu verbeux et un brin moralisateur mais le contrepied est intéressant. Sans être brillante, l’idée est à saluer et mériterait d’avoir un impact sur le genre comme sur les joueurs.

Écrit par Huegor. Si vous avez kiffé vous pouvez même acheter le DLC.

Black

Pour changer des ambiances colorées et chatoyantes, Black nous emmène dans l’inquiétante obscurité d’une caverne. Entre l’horreur et la compassion, Black a choisi de nous maintenir en incertitude permanente sur les intentions de cette créature mystérieuse. De notre attitude dépendra notre survie. Une histoire plutôt bien écrite pour des graphismes crayonnés avec style, qui utilise intelligemment le format du VN.

Jeu de Schiva Frecce.


Malgré ces exemples, je ne suis pas réconcilié avec le genre ; on est loin de pouvoir parler de gameplay ou de réelle ambition narrative sauf cas exceptionnels. Mais si la majorité d’entre eux se contente de raconter des histoires pour adolescents ou fans de mangas d’une platitude pénible, servant uniquement de prétexte à des scènes plus ou moins osées, tout espoir n’est pas encore perdu. Quand des auteurs prennent la peine d’essayer de proposer une expérience adaptée au format, cela peut donner des curiosités intelligentes.

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