Deadnaut – Les profanateurs de sépultures de l’espace

Parfois, on achète des jeux qu’on désire depuis longtemps. A fond dans la hype, on précommande, on trépigne le jour de la sortie, on y croit à mort et on y passe des heures. Dans mon cas, j’ai reçu un cadeau, ajouté sur ma liste de souhaits sur la base de quelques screenshots, sans trop m’être penché dessus. Ce jeu, c’est Deadnaut et c’est Archer Hawke qui me l’a offert.

J’ai donc mis la main dessus vierge de toute information ; tout au plus je savais qu’il s’agissait d’un jeu de stratégie temps réel avec des notions de RPG, dans une ambiance sombre. L’intro nous met dans le bain : pour la première fois de son histoire, en 2218, l’humanité quitte la Terre et part à la découverte de l’espace. Mais apparemment elle est à la bourre, d’autres civilisations s’y sont risquées avant elle. Et certaines de ces expéditions ne sont pas rentrées à la maison ; elles sont devenues des vaisseaux fantômes qui errent dans la galaxie…

La campagne nous envoie explorer les épaves de ces bâtiments extraterrestres. Notre groupe est constitué de six personnes : cinq d’entre eux, les Deadnauts, se rendront à bord de ces tombes flottantes pour y atteindre différents objectifs.

Le club des 5

Le sixième élément, c’est nous. Resté confortablement dans notre vaisseau, nous sommes le cerveau de l’opération qui devra guider les Deadnauts dans leurs explorations.Cette campagne, constituée de quatre missions, est générée aléatoirement, ce qui nous promet de ne jamais jouer deux fois la même partie.

Nous commençons donc notre voyage intersidéral par la composition de l’équipe. Chaque membre peut être créé automatiquement ou bien customisé individuellement. Cette phase nous permet de constituer une troupe équilibrée en répartissant les compétences. Il va nous falloir des Deadnauts doués au combat, d’autres capables de pirater les systèmes, bref, une équipe capable de faire face à de nombreuses situations.

Ma joyeuse bande

Ils disposent également de préférences, de situations dans lesquels ils seront en confiance ou au contraire susceptibles de paniquer, selon un simple système sous forme de j’aime / j’aime pas. Ce Deadnaut préfère-t-il être entouré de ses camarades ou évoluer en solo ? Se trouver en présence de cadavres ? Les espaces confinés ?

On dispose d’un pool de points à répartir dans 4 caractéristiques pour chaque personnage : la force, la perception, l’intelligence et la stabilité émotionnelle. Ensuite on détermine leur formation avec la possibilité de les spécialiser dans différents domaines : le combat, le piratage, l’intuition… et également de leur attribuer des défauts (remplissant le pool de points de création) que l’on compensera par l’achat d’autres qualités. Cette étape se situe avant le lancement de la campagne. On peut sauvegarder ses créations pour les prochaines parties.

Cette phase accomplie, on peut se lancer dans la campagne, et tomber nez à nez avec l’interface. Gros point fort, son originalité : face à nous se trouve un tableau de bord divisé en trois parties dans lesquelles il va falloir naviguer. Sur le panneau de gauche, la gestion de l’équipe, son inventaire, le moral, la santé. A droite, les données de la mission, l’objectif, ce que l’on sait de l’état du vaisseau que l’on va aborder, et les informations que l’on va collecter au cours de la promenade. Enfin au milieu, l’écran principal, le scanner qui va nous permettre de suivre nos petits gars dans l’intérieur des vaisseaux. Vivement la version Oculus Rift pour pouvoir accéder à tout ça juste en tournant la tête. On peut tout de même facilement passer de l’un à l’autre avec deux touches ou à la souris.

Le grand départ

Après avoir pris le temps de se renseigner sur l’objectif (récupérer le journal de bord, éliminer toute menace…), on déclenche l’envoi de la navette qui va aborder le vaisseau et le scanner passe en vue 3D isométrique. La « caméra » nous permet de nous promener dans le vaisseau, tourner dans toutes les directions et nous offre trois niveaux de zoom. On joue un peu avec les filtres que l’on peut activer pour ajouter des informations à l’écran, on découvre le nom des salles, le niveau d’intégrité de la coque… et nos Deadnauts apparaissent. Représentés sous forme de ronds bleus, ils n’ont pas fière allure dans cette pièce inconnue.

Comme dans tout RTS, on fait un lasso autour de ses ronds et on les envoie ouvrir la première porte… les couloirs et les salles se succèdent, avec leurs cadavres à fouiller, leurs terminaux à hacker pour déverrouiller les portes, les données à télécharger…

Le loot prend la forme de « connaissances » (knowledge) qui représentent la monnaie du jeu et de plans (blueprints) pour améliorer l’équipement. Cela sera utilisable entre deux missions. Si au moins un Deadnaut revient…

Vers l’infini et l’au-delà !

Communication breakdown

Nos hommes communiquent textuellement dans une fenêtre leurs impressions, leurs découvertes, leurs craintes, leurs conseils. Le feedback est donc parfois confus quand tous s’expriment en même temps, surtout quand le système de sécurité du vaisseau vient provoquer des interférences si l’on a négligé d’installer des firewalls sur le réseau en le piratant.

Certains membres de l’équipe peuvent ainsi perdre la communication avec nous, rendant impossible de leur donner des ordres. Le scanner peut aussi être brouillé, l’image se transformant en bouillie de parasites pendant de longues secondes, durant lesquelles on prie pour que tous soient encore entiers quand la perturbation est passée.

Point important : le jeu est entièrement en anglais, ce qui peut tout de même être un obstacle vu le nombre d’informations textuelles, notamment lorsque vos hommes vous rapportent leur état d’esprit ou vous informent sur le type de menace rencontrée.

Ce tombeau sera VOTRE tombeau

Le vaisseau est hostile. Que ce soit les salles que l’on traverse qui menacent de se désintégrer si trop de combats s’y déroulent, les cadavres au sol qui nous montrent qu’un danger rode dans ces couloirs, les portes qui se verrouillent derrière nous… Nous ne sommes pas les bienvenus, et on ne va pas tarder à rencontrer les formes de vie signalées par le scanner lors du briefing…

Les ennemis n’attendent que l’ouverture d’une porte ou le passage d’un couloir pour fondre sur les Deadnauts. On devine leur présence lorsqu’une petite tache rouge apparaît sur le scanner avant de disparaître aussitôt ; on sait qu’il n’est pas loin… On essaie alors de s’organiser, de se rassembler et de mettre les bourrins devant, et c’est le contact.

Au premier abord, on est perdu : certains ennemis tombent au bout de deux rafales, d’autres résistent et essaient de traîner les gars hors de la pièce pour les isoler de leurs camarades… quand toute l’escouade ne succombe pas en quelques secondes sans que nos ordres n’y changent rien…

Jusqu’ici, tout va bien…

L’ambiance sonore vient nous rajouter du stress lors de ces rencontres, le bruit du rythme cardiaque des Deadnauts s’intensifie, les cris des créatures envahissent les enceintes, et l’absence de musique renforce la violence de l’action.

Les gars paniquent, semblent ne plus obéir, et meurent les uns après les autres. On relance, en se disant que cette fois on va faire une équipe mieux équilibrée, qu’on va mieux gérer… et on meurt. Encore plus vite. Le jeu ne nous prend pas par la main, il nous met le pied dans le cercueil. Et il a apporté les clous.

Et puis on relit les rapports sur le vaisseau, sur la mission. On s’imprègne du background. On parcourt les journaux personnels des victimes, on comprend qui aime qui dans l’équipe, pourquoi… On ouvre les portes, on explore, et on meurt. Souvent. Mais chaque partie nous donne le sentiment d’avoir un peu mieux compris comment accomplir nos objectifs et le charme opère : on y retourne avec plaisir, persuadé que la prochaine sera la bonne.

Techniquement sans bavure

J’apprécie tout particulièrement l’interface, originale mais peu évidente à prendre en main ; elle devient ensuite le prolongement du clavier et de la souris et je me suis surpris à tourner la tête devant mon écran pour jeter un œil aux panneaux latéraux au lieu d’appuyer sur mon clavier. Sans résultat bien évidemment mais cela montre que visuellement c’est très réussi, on se sent réellement devant une console de commande, loin de son escouade et dépendant du bon fonctionnement du matériel pour pouvoir les guider.

La représentation sommaire de l’environnement du vaisseau est justifiée intelligemment par ce concept, mais on peut regretter qu’il soit parfois délicat de cliquer au bon endroit au beau milieu d’un combat.

La partie sonore déjà évoquée est parfaitement cohérente et renforce considérablement l’immersion. Le fait que l’action se déroule en temps réel oblige à être constamment attentif, que ce soit aux communications ou aux petites altérations visuelles qui sont synonymes de danger. Je n’ai pas rencontré de bugs ou autre mauvaise surprise, c’est techniquement très propre.

J’ai mal mais j’aime ça

Au lancement, le jeu conseille de se pencher sur le manuel (uniquement en anglais), et ce n’est effectivement pas inutile bien que le nombre d’informations à assimiler soit important. Malheureusement on ne peut le consulter en pleine partie, l’intégrer à l’interface aurait été une bonne idée.

Lorsqu’enfin on réussit sa première mission, qu’on renvoie ses hommes sur la petite navette qui les ramène jusqu’à nous, la satisfaction est énorme. On revoit un peu leur matériel, on améliore ce qui peut l’être, et on s’envole vers la destination suivante, plein d’espoir et encore plus attentif.

Deadnaut nécessite d’y revenir plusieurs fois avant de comprendre quelque chose, mais il a un goût de reviens-y assez prononcé pour ceux qui sont friands d’exploration et qui n’ont pas peur d’être sortis de leur zone de confort.

Les mécaniques sont solides : Screwfly Studios, connus pour leur précédente création Zafehouse Diairies, un jeu de survie textuel, nous propose un produit original et bien pensé. Disponible à 9,99€ sur Steam, c’est une agréable découverte, un petit plaisir masochiste qui se dévoile surprise après surprise. Et explorer des tombes flottantes extraterrestres, on ne fait pas ça tous les jours.

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